L’Union des forces de changement (UFC), le parti dirigé par Gilchrist Olympio, a tenu le samedi 8 août 2026 à Lomé son 10ᵉ congrès ordinaire. Ces grandes retrouvailles du parti de l’« Ablodé » ont été l’occasion de dresser le bilan du chemin parcouru, de débattre de la situation nationale, mais aussi de se projeter vers l’avenir.
À l’issue des travaux, l’UFC a procédé à une restructuration de ses instances dirigeantes avec l’élection d’un nouveau bureau. Sans véritable surprise, Gilchrist Olympio, 89 ans, a été reconduit à la tête du parti. Une reconduction qui ne manque pas d’interroger, tant la présence effective du président de l’UFC dans la vie politique et dans le fonctionnement quotidien du parti semble aujourd’hui limitée.
Mais la principale surprise de ce congrès réside ailleurs : dans la promotion de Séna Alipui. Jusqu’ici deuxième vice-président de l’UFC, le ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement gravit un échelon pour devenir premier vice-président du parti.
C’est précisément cette ascension qui suscite des interrogations dans l’opinion, bien davantage que les résolutions adoptées au cours du congrès.
Quand la retraite politique annoncée se transforme en promotion
Il y a près d’un an, en septembre 2025, Séna Alipui tenait pourtant un discours radicalement différent. À l’occasion d’une cérémonie commémorative marquant l’anniversaire de naissance de Sylvanus Olympio, premier président du Togo, celui qui était alors deuxième vice-président de l’UFC annonçait publiquement son retrait du bureau politique du parti et, plus largement, de la vie politique.
« Pour le militant de l’Ablodé que je suis, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, notre quête de l’alternance ne concerne pas que les autres, elle nous concerne aussi et nous devons laisser la chance à d’autres énergies de s’exprimer au sein du parti. À l’issue de mon mandat comme vice-président de notre parti, je laisserai l’opportunité à d’autres talents de s’exprimer et je ne ferai pas partie du prochain bureau directeur », déclarait-il alors.
Séna Alipui était même allé plus loin : « Nous sommes donc en transition et je quitterai mes fonctions de vice-président de l’UFC à l’issue du prochain congrès… ».
Le message semblait donc clair : après deux mandats, l’homme politique entendait passer le relais et laisser la place à une nouvelle génération.
Interpellé à l’époque sur les réseaux sociaux sur cette décision par son ami Gerry Taama, avec lequel il avait participé aux travaux ayant conduit à la modification de la Constitution et au passage du Togo à la Ve République, Séna Alipui avait assumé son choix avec une certaine ironie.
« On demande l’alternance donc je commence à me l’appliquer. En 2026, j’aurai bouclé deux mandats, soit un comme conseiller spécial et un comme vice-président… D’autres talents doivent s’exprimer », avait-il notamment déclaré.
Et pour illustrer sa volonté de tourner la page, il avait ajouté, sur le ton de la plaisanterie : « Pour ma retraite, vu le nombre de personnes que tu traites d’ânes ici, je pense faire un élevage d’ânes… ça s’écoule bien sur les réseaux sociaux ».
Un revirement qui appelle des explications
Près d’un an plus tard, le scénario est tout autre. Plutôt que de quitter le bureau politique de l’UFC, comme annoncé, Séna Alipui y revient avec davantage de responsabilités. Le voilà désormais premier vice-président du parti.
Le problème n’est évidemment pas qu’un responsable politique puisse changer d’avis. En politique comme ailleurs, les circonstances peuvent évoluer et conduire à reconsidérer une décision. Le véritable problème réside dans l’absence d’explication publique sur ce changement de cap.
Lorsqu’un responsable annonce solennellement son retrait de la vie politique au nom du renouvellement et de l’alternance, puis accepte quelques mois plus tard une fonction encore plus importante au sein de son parti, il doit pouvoir expliquer ce qui a changé.
La parole politique engage. Et lorsque cette parole est reniée ou réorientée, elle devrait s’accompagner d’une certaine dose d’humilité, de transparence et d’écoute. Il faut expliquer les raisons du revirement, assumer le changement de position et montrer en quoi celui-ci répond désormais à une nouvelle réalité ou, mieux encore, à l’intérêt général.
À défaut, le silence peut être perçu comme une forme de mépris à l’égard des militants et de l’opinion qui avaient pris au sérieux les engagements annoncés.
Une chose est certaine : en politique, changer d’avis n’est pas un crime. Mais lorsqu’on change de position après avoir publiquement promis de passer le relais, il faut avoir le courage d’expliquer pourquoi.
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Albert Akouété AGBEKO
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