À Kara, un citoyen interpelle Faure Gnassingbé avec un geste fort sur la faim
C’est sans nul doute l’image qu’on gardera de l’édition 2025 de la lutte traditionnelle Evala en pays kabyè en présence du président du conseil Faure Gnassingbé. Sur une séquence d’à peine 15 secondes captée par une caméra amateur, on voit un jeune homme torse nu, fait un geste explicite : il mime la faim, en se frottant le ventre. Ce geste bien connu au Togo en se frottant le ventre et ensuite en tendant la main vers un donateur signifie sans équivoque : « Nous avons faim », ou plus largement « Le peuple souffre ».
Il ne s’agit pas d’une simple interpellation. Dans un espace hautement symbolique (la fête Evala) et devant la plus haute autorité du pays, ce geste prend des allures de cri silencieux mais puissant, écho direct aux manifestations récentes contre la vie chère qui secouent le pays.
Ce geste simple, mais lourd de sens suscite de vives réactions sur les réseaux sociaux dans un contexte national marqué par les protestations contre la vie chère.
Un geste symbolique au cœur d’un bastion du pouvoir
La scène s’est déroulée à Kara, fief politique de Faure Gnassingbé, lors d’une étape de la lutte traditionnelle au nord du pays. Comme le veut la tradition, le Président du conseil, assistait aux affrontements de lutte traditionnelle, Évala, qui célèbrent le courage et l’endurance de la jeunesse Kabyè.
C’est dans ce cadre hautement symbolique qu’un jeune homme s’est avancé devant la tribune officielle. Torse nu, l’air grave, il a adressé un geste explicite à l’endroit du président du Conseil : il a mimé la faim en se frottant le ventre, sous le regard silencieux de l’assistance et des caméras.
Un message clair : « Nous avons faim »
Au Togo et particulièrement dans la culture kabyè, le geste de se frotter le ventre est universellement compris comme une expression de la faim ou de la souffrance sociale. En l’exécutant devant Faure Gnassingbé, le jeune homme ne fait pas que livrer un message personnel. Il porte la voix de nombreux Togolais éprouvés par l’inflation, la précarité et la montée du coût de la vie.
Cette interpellation muette intervient quelques semaines après des manifestations contre la vie chère dans le pays, réprimées par les forces de l’ordre, et dont certaines ont fait des morts. Les appels à une amélioration des conditions de vie et à plus de justice sociale se multiplient.
Traditionnellement, les festivités Évala sont l’occasion pour les autorités de réaffirmer leur ancrage local et de mobiliser leur base politique. Mais cette année, la réalité sociale s’est imposée au cœur de la fête. Le geste du jeune homme torse nu devient un symbole : celui d’un peuple qui, même dans le silence, ose parler. Et ce, en présence même de celui qui incarne le pouvoir.
Une vidéo virale et des réactions en chaîne
La séquence, captée en vidéo, circule déjà massivement sur les réseaux sociaux. Elle alimente les discussions, tant au sein de l’opinion publique que dans les milieux politiques et associatifs. Pour beaucoup, cette scène traduit une rupture du contrat social entre gouvernants et gouvernés, jusque dans les zones jadis réputées favorables au pouvoir.

Un signal politique à ne pas négliger
À travers un geste pacifique, un citoyen a exprimé ce que des milliers d’autres ressentent : la faim, la détresse et l’impatience face à un pouvoir perçu comme déconnecté. Ce signal venu de Kara, cœur du pouvoir, ne devrait pas être ignoré.
Ce moment illustre le décalage grandissant entre les célébrations officielles et les réalités quotidiennes d’une partie de la population. En choisissant un cadre aussi solennel pour poser cet acte, le jeune homme envoie un message fort :
« Même dans vos bastions, la faim est là. Même dans vos fêtes, la souffrance nous accompagne. »
Faure Gnassingbé doit prendre en compte ce peuple dont il a remercié pour l’accueil chaleureux qu’il lui a réservé à la veille du début des festivités d’Evala, ce peuple a faim.
Symbole d’une parole populaire décomplexée
Cette scène cristallise plusieurs dynamiques :
-La montée du mécontentement populaire, même dans les zones longtemps considérées comme acquises au pouvoir.
-Une rupture du contrat social, où le citoyen n’attend plus les tribunes officielles pour exprimer son désarroi.
-Une forme de résistance pacifique, à travers un geste non-violent mais politiquement chargé.
Ce court moment filmé pourrait bien devenir l’une des images fortes de l’année 2025 au Togo. Il rappelle que les corps parlent autant que les discours, et que le terrain social reste le vrai théâtre du politique.
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Albert AGBEKO
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