L’Auditorium de l’Université de Lomé a accueilli, ce vendredi 28 août 2026, une cérémonie de distinction honorifique dédiée aux acteurs de la médecine traditionnelle africaine dans le cadre des Awards des Praticiens de la Médecine Traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest (APMTAO). L’événement a réuni praticiens, chercheurs, universitaires, professionnels de santé et représentants institutionnels venus notamment du Togo, du Ghana, du Nigeria et du Bénin.
Placée sous le signe de la reconnaissance et de la valorisation des savoirs thérapeutiques africains, la cérémonie a surtout été l’occasion de poser les bases d’une nouvelle approche de la médecine traditionnelle : une pratique mieux organisée, davantage professionnalisée et ouverte à la recherche scientifique.
Prenant la parole, le président de l’APMTAO, Bedi Djinekou Senam, a insisté sur la responsabilité qui accompagne désormais la distinction accordée aux récipiendaires. Selon lui, cette reconnaissance doit les pousser à renforcer leurs compétences et leur professionnalisme. « Avant, on peut excuser leurs fautes, mais après, ils ne seront plus excusables », a-t-il notamment souligné, estimant que la formation doit permettre aux praticiens de mieux assumer leur mission au service de la santé et du bien-être des populations.
Pour Bedi Djinekou Senam, le secteur fait face à de nouveaux défis, notamment avec la montée de la désinformation sur les réseaux sociaux, les arnaques et les pratiques frauduleuses qui touchent également le domaine de la santé. Il appelle ainsi à un renforcement des capacités des véritables acteurs de la médecine traditionnelle afin de distinguer les pratiques sérieuses des dérives qui peuvent mettre les patients en danger.
Au-delà de la reconnaissance des praticiens, le président de l’APMTAO défend une vision économique et stratégique de la médecine traditionnelle. Il plaide pour l’émergence d’industries africaines capables de produire des médicaments traditionnels améliorés et considère ce secteur comme un potentiel levier de création d’emplois et de souveraineté sanitaire.
« Celui qui tient la santé d’un peuple tient la clé de son développement », a-t-il martelé, appelant les praticiens africains à davantage compter sur leurs propres forces. Il a notamment relevé que le projet ayant conduit à cette cérémonie a été financé à plus de 97 % par les contributions des membres, une manière, selon lui, de démontrer que les organisations africaines peuvent porter leurs propres initiatives.
Représentant l’Université de Lomé, son premier vice-président, le Professeur Batawila Komlan, a salué une initiative qui dépasse, selon lui, le simple cadre d’une cérémonie de remise de distinctions. La présence de praticiens et d’acteurs venus de plusieurs pays ouest-africains traduit une volonté commune de faire de la santé un espace de coopération, de solidarité et de valorisation des connaissances africaines.
Le responsable universitaire a appelé à dépasser l’opposition entre médecine traditionnelle et médecine moderne. Pour lui, l’enjeu consiste désormais à mieux documenter les savoirs traditionnels, à les étudier scientifiquement et, lorsque les données disponibles le permettent, à envisager leur intégration dans les politiques et systèmes de santé publique.
L’Université de Lomé entend ainsi jouer son rôle dans la création d’un dialogue entre praticiens, chercheurs, professionnels de santé et institutions. Le Professeur Batawila Komlan estime que la recherche peut notamment contribuer à étudier les plantes médicinales, identifier leurs principes actifs, évaluer leur efficacité et leur innocuité et explorer les possibilités de valorisation des ressources thérapeutiques africaines.
Il a également plaidé pour la constitution de réseaux africains de recherche consacrés à la médecine traditionnelle. « Nos frontières ne doivent pas constituer des barrières à la connaissance », a-t-il défendu, appelant à une coopération scientifique accrue entre les pays de la sous-région.
Au nom du ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, le Dr Malou Koboyo, chef de la Division de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles, a réaffirmé l’importance accordée par les pouvoirs publics à ce patrimoine thérapeutique.
Il a toutefois souligné que la préservation des connaissances ancestrales ne suffit plus. La priorité doit désormais porter sur leur documentation, leur valorisation, leur évaluation scientifique et leur encadrement à travers une réglementation adaptée.
Le représentant du ministère a appelé les praticiens à faire preuve de professionnalisme, de probité et d’excellence. Il a également rappelé que, derrière les débats sur la tradition, la science ou les institutions, demeure une priorité : la protection du patient.
La Division de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles s’est ainsi dite disponible pour accompagner les initiatives visant à professionnaliser et à mieux réglementer le secteur.
Au terme des interventions, un même message s’est dégagé : la reconnaissance des praticiens de la médecine traditionnelle ne doit pas être une finalité. Elle doit constituer le point de départ d’une nouvelle étape fondée sur la formation, la recherche, la qualité, l’éthique et la coopération régionale.
À travers les APMTAO, les organisateurs veulent ainsi contribuer à faire émerger une médecine traditionnelle africaine capable de préserver ses racines tout en répondant aux exigences contemporaines de santé publique.
La cérémonie de Lomé aura donc servi de tribune pour rappeler que l’Afrique dispose d’un patrimoine thérapeutique considérable. Reste désormais à mieux le documenter, le protéger, l’évaluer et le transformer en solutions de santé sûres et adaptées aux populations.
En célébrant les praticiens ce 28 août à l’Université de Lomé, les APMTAO ont voulu honorer la mémoire thérapeutique du continent, tout en ouvrant une réflexion sur son avenir. Une ambition qui repose désormais sur un triptyque largement partagé par les intervenants : formation, recherche et souveraineté sanitaire.



