Comment en 10 ans le Bénin est devenu un miroir embarrassant pour Faure Gnassingbé
Il y a quelques années, beaucoup de Togolais, surtout ceux qui n’avaient jamais voyagé, lorsqu’on qualifiait Lomé de « gros village » pensaient à des balivernes. Tellement dans les discours officiels, le Togo était présenté comme la « Suisse de l’Afrique ». Mais depuis l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir en 2016, le contraste avec le voisin béninois a fait voler en éclats cette illusion.
Le Bénin de Talon : d’un pays moqué à un modèle admiré
Cotonou, la capitale économique béninoise, était jadis tournée en dérision par les Togolais. Les surnoms comme « Cototrou », en référence à l’état lamentable de ses routes, faisaient florès. L’insalubrité, les quartiers inondés et l’absence d’infrastructures modernes renforçaient cette image négative.
Presqu’une décennie plus tard, sous Patrice Talon, la métamorphose est frappante. Routes bitumées, échangeurs modernes, embellissement des espaces publics, assainissement des quartiers et grands projets structurants ont changé le visage du Bénin. Le développement n’est plus une promesse mais une réalité visible, particulièrement pour les Togolais qui franchissent la frontière plus facilement que vers Accra ou Abidjan.
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Résultat : l’image du Bénin a basculé. Les Togolais ne parlent plus d’un pays de « gaymen » mais d’une nation en plein essor, qui attire par son dynamisme économique, son urbanisme modernisé et la volonté politique affichée par son président.
Togo : vingt ans de pouvoir pour Faure Gnassingbé, un bilan contrasté
À l’opposé, au Togo, Faure Gnassingbé cumule deux décennies à la tête du pays (depuis 2005). Malgré certains projets phares — modernisation de l’aéroport de Lomé, la construction d’infrastructures routières, et réformes dans l’agriculture — le sentiment général, surtout chez les jeunes, est que les réalisations restent limitées par rapport au temps passé au pouvoir.
La comparaison avec le Bénin est cruelle. Là où Talon a initié un vaste chantier national en moins d’une décennie, Faure Gnassingbé peine à convaincre sur la concrétisation de ses ambitions. Les Togolais pointent le manque de projets urbains visibles, la lenteur des réformes structurelles et la persistance d’inégalités socio-économiques.
Aujourd’hui, si les autorités togolaises souffrent d’une mauvaise image auprès d’une frange de la population, c’est en grande partie à cause du travail impressionnant accompli par Patrice Talon en moins d’une décennie : une performance qui a montré aux Togolais qu’il est possible de faire mieux. Par conséquent, les autorités togolaises sont régulièrement raillées, moquées et vilipendées sur les réseaux sociaux par une jeunesse connectée, mieux instruite et ouverte sur le monde.
L’effet Talon : un révélateur gênant pour Lomé
Le phénomène est d’autant plus marquant que Patrice Talon a promis, dès le départ, de quitter le pouvoir à la fin de son second mandat en 2026. Une posture rare en Afrique de l’Ouest, où les révisions constitutionnelles et les prolongations de mandat sont monnaies courantes. Cette attitude contraste fortement avec la longévité politique de Faure Gnassingbé, qui rêve d’un mandat à vie malgré un bilan jugé décevant par une partie de la population.
Pour beaucoup de jeunes Togolais, le développement rapide du Bénin prouve qu’un leadership visionnaire et une gouvernance volontariste peuvent transformer un pays en quelques années. Sur les réseaux sociaux, les comparaisons fusent : Cotonou est désormais perçue comme un chantier permanent, alors que Lomé donne l’impression d’un développement au ralenti.
Un enjeu d’image et de gouvernance
Au-delà des réalisations concrètes, c’est l’image même des deux dirigeants qui diverge. Talon est vu comme un homme d’affaires pragmatique, qui applique une stratégie claire de modernisation et s’y tient. Faure Gnassingbé, malgré des atouts diplomatiques et une stabilité relative, souffre de l’étiquette de « jeune doyen » en poste depuis trop longtemps, sans percée majeure perceptible par la population.
La comparaison Benin-Togo devient ainsi un sujet politique sensible. Quand Talon communique, oriente et danse avec sa jeunesse, Faure reste dans sa tour d’ivoire, coupé de son peuple et quand il se décide à discuter, il choisit son cercle, une poignée d’artistes ou des jeunes de son clan sur des sujets sans portée comme la faim.
Cette comparaison révèle à la fois les attentes non satisfaites au Togo et le potentiel inexploité d’un pays qui, sur le papier, a pourtant les moyens de faire mieux.
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Francine DZIDULA
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