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Devoir de mémoire: 23 septembre 1986 : attaque terroriste contre Lomé

 

Dans la nuit du 23 septembre 1986, un commando armé venu du Ghana attaque le camp militaire de Tokoin, alors appelé camp RIT et aujourd’hui camp Général Eyadéma. Le camp abrite également la résidence officielle du président Gnassingbé Eyadéma. Plusieurs autres points stratégiques de Lomé sont attaqués simultanément.

L’objectif des assaillants est de renverser le régime de Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis près de deux décennies. Selon des sources américaines de l’époque, environ 70 dissidents togolais armés auraient franchi la frontière depuis le Ghana pour tenter de renverser le gouvernement.

Lomé découvre l’attaque au matin

Une partie des habitants de Lomé, qui n’ont pas eu connaissance des événements de la nuit, se rend normalement au travail ou à l’école le matin du 24 septembre. Beaucoup sont surpris par les premiers tirs.

Très vite, c’est la débandade. Certains parents courent chercher leurs enfants à l’école, tandis que d’autres cherchent désespérément un itinéraire pour regagner leur domicile. Dans les rues, les taxis circulent dans la confusion, phares allumés et klaxons retentissants.

La Radio-Télévision de la Nouvelle Marche (RTNM), qui diffuse alors de la musique traditionnelle togolaise, interrompt ses programmes pour annoncer un premier bilan faisant état de 3 morts et de 19 commandos capturés. La chaîne appelle également la population à collaborer avec les forces de sécurité afin d’identifier et de signaler les assaillants.

Après les premiers affrontements, Lomé vit au rythme du couvre-feu, des contrôles et des rumeurs. L’échec du raid initial ne signifie pas pour autant la fin des combats. Le 25 septembre, des échanges de tirs éclatent encore dans la capitale alors que les forces de sécurité poursuivent les membres du commando toujours en fuite.

les assaillants arrêtés

Des assaillants circulent dans des véhicules civils, tirent avant de se fondre dans la circulation. La confusion gagne plusieurs quartiers. Des civils sont touchés et, dans l’immédiat, les chiffres définitifs des victimes restent difficiles à établir.

Derrière les chiffres et les communiqués officiels, il y a surtout une population plongée dans l’angoisse : des familles confinées chez elles, des commerces fermés et des rues désertes. Ceux qui, pour diverses raisons, sont contraints de sortir doivent parfois lever les mains en l’air pour montrer qu’ils sont bien des Togolais et non des assaillants.

Lomé est alors suspendue aux informations diffusées par la radio.

La France appelée à la rescousse

Face à la persistance des tensions, le général Eyadéma sollicite l’assistance militaire de la France. Paris répond à cette demande en invoquant les accords de défense liant les deux pays. Quelques jours plus tard, environ 200 parachutistes français sont envoyés au Togo depuis des bases notamment situées au Gabon et en République centrafricaine. Des avions Jaguar sont également mobilisés.

Les militaires français prennent position dans des lieux stratégiques de la capitale. Leur présence est essentiellement destinée à la dissuasion. Selon les récits publiés à l’époque, les parachutistes français ne participent pas directement aux combats et restent notamment cantonnés dans les installations de la Foire internationale de Lomé, à Togo 2000.

Quelques semaines plus tard, lors du sommet franco-africain de Lomé, le président français François Mitterrand assume cette intervention. Il explique que la France a répondu à la demande du président togolais conformément aux accords qui liaient les deux États.

Ironie de l’histoire

L’histoire retiendra aussi un étonnant contraste cinq ans plus tard.

En 1991, au moment où le Togo entre dans un processus de démocratisation avec la Conférence nationale souveraine et la mise en place d’un gouvernement de transition dirigé par Joseph Kokou Koffigoh, la situation se dégrade à nouveau. Des affrontements opposent militaires et civils et, le 3 décembre 1991, des militaires attaquent la Primature et arrêtent le Premier ministre.

Cette fois, alors que le gouvernement de transition sollicite l’aide de Paris, la réaction française est différente. Le gouvernement français de l’époque a préféré déployer les forces françaises à Cotonou où elles profitent des péripatéticiennes de la capitale béninoise que Lomé où elles étaient attendues. Seuls quelques militaires poursuivent leur route jusqu’à Lomé, essentiellement pour assurer la protection de l’ambassade de France. Ce contraste entre la réponse apportée à l’appel d’Eyadéma en 1986 et celle apportée aux autorités de transition en 1991 ne manquait pas d’alimenter les commentaires.

Gilchrist Olympio et les accusations du pouvoir

Après l’attaque de septembre 1986, les autorités togolaises accusent des éléments venus du Ghana d’être à l’origine de l’opération. Accra rejette toute implication.

Selon le gouvernement togolais les assaillants auraient été recrutés au Ghana par Amah Ayayi dit Sancho, Attisso et El-Hadj Idrissou, présentés comme agissant à la solde de Gilchrist Olympio et de Francisco Lawson.

Les autorités togolaises attribuent notamment l’opération au Mouvement togolais pour la démocratie (MTD) et au Front national de libération du Togo (FNLT). Gilchrist Olympio est présenté par le pouvoir comme l’un des responsables de cette entreprise et fait l’objet de poursuites. Il sera finalement condamné à mort par contumace le 20 décembre 1986, condamnation qu’il conteste en niant toute implication dans l’attaque.

Une frontière transformée en ligne de défense

À la suite de l’attaque, les autorités togolaises renforcent considérablement la sécurité de la frontière ouest. Des barricades sont installées et des tranchées sont creusées afin de prévenir de nouvelles infiltrations.

L’échec de l’attaque renforce l’aura du Général Eyadema au sein de l’opinion. Des tournées nationales conduites par des pontes du régime à l’instar de Kpotivi Laclé ou encore Agbétiafa Komla sont organisées  pour présenter le butin des assaillants saisi.

L’attaque de septembre 1986 devient également un événement majeur dans la mémoire du régime d’Eyadéma. Le 23 septembre est alors commémoré officiellement comme une date importante de l’histoire militaire du pays. Pendant plusieurs années, cette journée est fériée, chômée et payée.

Avec l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé en 2005, le caractère de la célébration évolue. A partir de 2008, la commémoration devient plus sobre, avec notamment des dépôts de gerbes et des cérémonies militaires.

 

« …Parce qu’un peuple sans histoire est comme un monde sans âme »

 

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Albert Akouété AGBEKO

 

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