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Devoir de mémoire : Formation du 1er gouvernement de la 5ème République

 

C’est la plus longue attente des Togolais avant la formation d’un gouvernement : 157 jours, soit plus de cinq mois. Finalement, le 8 octobre 2025, le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, signe le décret portant nomination du gouvernement. Il s’agit du premier gouvernement depuis le basculement du Togo dans la Ve République.

Durant de longs mois, les affaires de la cité ont tourné au ralenti. Tous les regards étaient tournés vers la future équipe gouvernementale, attendue pour donner une nouvelle impulsion à l’action publique. D’autant que les ministres sortants étaient essentiellement cantonnés à la gestion des affaires courantes.

Au regard de cette longue attente, alors que beaucoup s’attendaient à une équipe gouvernementale profondément renouvelée, le résultat a laissé une impression de déjà-vu. La montagne a finalement accouché d’une souris : une grande partie des anciens ministres ont été reconduits, au point de susciter une interrogation sur les raisons d’un délai aussi long pour parvenir à une équipe largement composée des mêmes visages.

La première mouture du gouvernement comprenait 27 membres, dont 10 ministres délégués. La plupart des membres de l’ancienne équipe ont été maintenus à leur poste. Alors que les Togolais avaient pu apprécier le caractère relativement resserré de cette première équipe, ils seront rapidement déchantés. Au fil des semaines, le gouvernement sera élargi jusqu’à compter 35 membres.

Les fidèles du Président du Conseil, notamment Robert Dussey, Essowè Georges Barcola, et Yawa Kouigan, conservent leur place dans le dispositif gouvernemental.

Plusieurs changements interviennent néanmoins. Certains ministres voient leur portefeuille modifié ou réorganisé, tandis que d’autres connaissent une évolution de leurs responsabilités. Sani Yaya, Manuella Modukpè Santos et Koami Gomado sont notamment rétrogradés dans la nouvelle architecture gouvernementale. À l’inverse, Me Pacôme Adjourouvi et Tessi voient leurs responsabilités renforcées. De nouvelles personnalités font également leur entrée dans des secteurs considérés comme stratégiques, notamment l’économie, le genre, la coopération, l’eau et l’assainissement.

Mais un fait va rapidement alimenter les interrogations sur la composition de cette équipe, malgré les longs mois consacrés à sa formation. Moins de deux mois après sa mise en place, deux membres du gouvernement quittent déjà leurs fonctions.

La première est Manuella Modukpè Santos. Ancienne ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements, elle avait été rétrogradée au rang de ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie dans le premier gouvernement de la Ve République. Autre élément qui a suscité des interrogations : alors qu’elle était encore membre du gouvernement, Arthur Lilas Trimua, frère cadet de Christian Trimua, est nommé le 9 novembre au même poste. Le 10 novembre, la sortie de Manuella Santos du gouvernement est rendue publique par les sources officielles, sans explication détaillée sur les raisons de son départ.

Quelques semaines plus tard, le 26 novembre, c’est au tour de Kossi Tenou de quitter ses fonctions de ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et de la Veille stratégique. Il rejoint Abidjan, où il est nommé président de l’Autorité des marchés financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (AMF-UMOA).

Un gouvernement face à de lourds défis

Dès son entrée en fonction, le premier gouvernement de la Ve République a dû faire face à plusieurs défis majeurs : rendre opérationnelle la nouvelle architecture institutionnelle, répondre aux tensions sociales apparues en 2025, améliorer le pouvoir d’achat et contenir les effets du coût de la vie, relancer l’emploi et l’activité économique, notamment au profit des jeunes et des femmes, mais aussi renforcer les services sociaux essentiels, tels que la santé, l’éducation et la protection sociale.

À ces enjeux s’ajoutent les questions de sécurité et de stabilité du pays. À travers le budget 2026 et ses premières orientations, l’exécutif devait ainsi traduire la nouvelle organisation institutionnelle de la Ve République en réponses concrètes aux préoccupations économiques et sociales de la population.

Un an après, un bilan encore contrasté

Un an après la formation du premier gouvernement de la Ve République, le bilan apparaît contrasté. L’exécutif peut mettre en avant une croissance économique soutenue, une inflation maîtrisée et des investissements dans plusieurs secteurs sociaux. Mais, dans le même temps, de nombreuses attentes demeurent, notamment en matière de pouvoir d’achat, d’emploi, d’accès aux soins, d’éducation, d’eau, d’électricité et de protection sociale.

Au-delà des chiffres macroéconomiques et des réformes institutionnelles, l’enjeu demeure donc celui de leur traduction dans la vie quotidienne. La véritable question, un an après la formation de ce premier gouvernement de la Ve République, est de savoir dans quelle mesure les performances économiques et les réformes engagées se traduisent par des améliorations concrètes et perceptibles pour les Togolais.

 

« …Parce qu’un peuple sans histoire est comme un monde sans âme »

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 Albert Akouété AGBEKO

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