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Edito: Le pouvoir a peur de quoi ?

 

À quoi bon autoriser un meeting de l’opposition si, dans le même temps, on en limite l’accès ? La question mérite d’être posée dans un Togo qui se revendique désormais comme une République parlementaire.

Un régime parlementaire est un régime de débat, de confrontation des idées et de pluralisme. L’opposition, légalement constituée, doit pouvoir rencontrer ses militants, défendre ses idées et exercer ses activités politiques. Sinon, de quel régime parlementaire parle-t-on ?

Dans son discours sur l’état de la nation en décembre 2025, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, l’avait pourtant clairement affirmé : « Dans une République parlementaire, l’opposition est une voix nécessaire, une vigie utile, une force de proposition que nous devons entendre. La démocratie ne s’accommode pas du monologue. Elle s’enrichit du débat. (…) L’opposition n’est pas un adversaire…»

Très bien. Mais alors, pourquoi ces entraves aux activités de l’opposition ? Pourquoi, même après une autorisation du ministre de l’Administration territoriale, des citoyens se retrouvent-ils empêchés ou dissuadés d’accéder à un meeting ? Et pourquoi certaines voies bloquées avant ou pendant la manifestation ne sont-elles rouvertes qu’une fois celle-ci terminée ?

La question n’est pas de nier les impératifs de sécurité. Le pouvoir a le devoir de sécuriser les manifestations. Mais la sécurité ne saurait devenir un moyen détourné de restreindre l’expression politique.

Le plus préoccupant est ailleurs : le Togo a changé de Constitution et de régime, mais certaines vieilles pratiques semblent avoir la peau dure. Si les méthodes du RPT tant décriées hier continuent de se reproduire aujourd’hui, alors le problème n’est peut-être ni le parti ni le régime. Il est dans ceux qui les incarnent.

Et puis, la prochaine grande échéance électorale est encore loin. Le pouvoir a peur de quoi ? D’une opposition qui parle ? De militants qui se réunissent ? De citoyens qui écoutent un autre discours ?

Dans une démocratie sûre d’elle-même, l’opposition ne devrait pas être une menace. Elle devrait être une composante normale du débat public.

Si le pouvoir est convaincu de la pertinence de son action, qu’il laisse ses adversaires parler. Si son bilan est solide, qu’il accepte la contradiction. Si le peuple lui fait confiance, qu’il laisse les citoyens écouter tous les sons de cloche.

Une République parlementaire ne se décrète pas seulement dans une Constitution. Elle se mesure à la capacité du pouvoir à accepter la contradiction.

Alors, encore une fois : le pouvoir a peur de quoi ?

IPDCP-1

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