Football togolais : Daré viré pour absence de résultats… et Akpovy ?
Le limogeage du sélectionneur national Nibombé Daré pour absence de résultats relance le débat sur la responsabilité réelle dans les échecs répétés du football togolais. Après plusieurs mandats sans qualification à la Coupe d’Afrique des Nations, la Fédération Togolaise de Football, dirigée par le colonel Kossi Akpovy, peut-elle continuer à faire porter l’échec uniquement sur le banc de touche ? Entre gouvernance stable et résultats absents, le football togolais est face à ses contradictions.
La décision est tombée comme un couperet. Par un communiqué en date du 29 décembre 2025, la Fédération Togolaise de Football (FTF) a annoncé la fin de sa collaboration avec le sélectionneur national Nibombé Daré, invoquant une « évaluation objective » et des « résultats inférieurs aux objectifs fixés ».
En clair : absence de qualification à la CAN Maroc 2025 et parcours jugé insuffisant dans les éliminatoires de la Coupe du monde 2026.
Mais au-delà du limogeage d’un entraîneur, une question centrale s’impose aujourd’hui au football togolais : peut-on sanctionner l’absence de résultats sportifs sans interroger la responsabilité de ceux qui dirigent le football togolais depuis près d’une décennie ?
Nibombé Daré, un fusible de plus
Nibombé Daré n’était pas un sélectionneur comme les autres. Il faisait partie des rares techniciens locaux à avoir eu la lourde responsabilité de diriger les Éperviers ces dernières années, dans un contexte souvent instable, avec des moyens limités et une pression populaire constante.
Son bilan sportif est certes critiquable. Mais il s’inscrit aussi dans une continuité inquiétante : aucun sélectionneur, local ou expatrié, n’a réussi à qualifier le Togo à une phase finale de CAN sous l’ère Akpovy.
Dès lors, une interrogation demeure : le problème est-il uniquement sur le banc de touche ?
Une FTF prompte à sanctionner, mais lente à s’autoévaluer
Dans son communiqué, la FTF évoque une « évaluation objective des performances».
Pourtant, cette rigueur évaluative semble s’arrêter aux portes du staff technique.
Car pendant que les sélectionneurs passent, la gouvernance, elle, reste inchangée.
Depuis son accession à la tête de la FTF en 2016, le colonel Kossi Akpovy :
- a enchaîné plusieurs mandats successifs ;
- a supervisé plusieurs cycles de qualifications ratées ;
- n’a enregistré aucune qualification à la CAN pour l’équipe A masculine.
Si l’absence de résultats justifie aujourd’hui un limogeage, qu’en est-il du bilan du président lui-même ?
La CAN, objectif toujours repoussé
À aucun moment, le président de la FTF n’a fait de la qualification à la CAN une promesse électorale ferme.
Il a toujours défendu une vision fondée sur le long terme, la structuration, la formation, les infrastructures.
Cette approche peut se défendre. Mais après près de dix ans de gestion, le football togolais :
- reste absent des grandes compétitions africaines,
- peine à exister sur la scène continentale,
- continue de nourrir frustrations et désillusions chez les supporters.
Le long terme ne peut pas devenir un alibi permanent.
Centre technique, projets structurants… et résultats absents
Le projet du Centre Technique National de Gbavé, souvent brandi comme la pierre angulaire du renouveau, incarne cette gouvernance tournée vers demain.
Mais le football se joue aussi au présent. Et sur le présent, les indicateurs sont clairs :
- performances sportives en berne,
- championnat local peu compétitif,
- sélections nationales sans repères solides,
- public de plus en plus détaché.
À force de parler de demain, le football togolais semble oublier l’urgence d’aujourd’hui.
Deux poids, deux mesures ?
Le limogeage de Nibombé Daré pose donc un problème de cohérence. Si :
- un sélectionneur est remercié pour absence de résultats,
- un staff technique est jugé sur des objectifs précis,
alors la direction fédérale devrait, elle aussi, accepter d’être évaluée selon les mêmes critères sportifs.
Peut-on exiger des résultats sans jamais en rendre soi-même ?

Un message contradictoire au football local
En se séparant d’un sélectionneur local sans remettre en cause le cadre global, la FTF envoie également un signal troublant :
- les techniciens locaux sont exposés,
- la responsabilité structurelle reste diluée,
- la sanction est individuelle, jamais systémique.
Ce schéma, répété au fil des années, fragilise la crédibilité du projet sportif national.
Conclusion : sanctionner sans se remettre en question
Le limogeage de Nibombé Daré était peut-être inévitable au regard des résultats immédiats.
Mais il ne saurait masquer une réalité plus profonde : le football togolais est en panne de résultats depuis plusieurs mandats présidentiels.
À vouloir faire porter l’échec uniquement aux sélectionneurs, la FTF évite un débat essentiel : celui de la responsabilité de sa propre gouvernance.
Le football togolais n’a pas seulement besoin d’un nouveau sélectionneur. Il a besoin d’une évaluation honnête, globale et courageuse de sa direction.
Sans cela, Daré ne sera qu’un nom de plus sur la longue liste des entraîneurs partis…
et les résultats, eux, continueront de manquer à l’appel.
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Francine DZIDULA
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