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Restrictions de circulation : trop de zèle pour une simple cérémonie ?

Le communiqué du ministère de la Sécurité annonçant un vaste plan de restriction et de déviation de la circulation à Lomé à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux au Président du Conseil (PC) continue de susciter incompréhension et indignation au sein de l’opinion publique. Au-delà des considérations sécuritaires invoquées, cette décision pose un sérieux problème de cohérence politique, de gouvernance démocratique et de respect du citoyen.

Une cérémonie institutionnelle aux impacts disproportionnés sur la vie quotidienne

Le premier constat qui s’impose est l’ampleur des restrictions de circulation décidées pour une cérémonie essentiellement protocolaire. La fermeture partielle de la route nationale n°2, artère stratégique du Grand Lomé, dès 5 heures du matin le 30 décembre, ainsi que la déviation anticipée des gros porteurs dès la veille à 17 heures, affecte lourdement la mobilité urbaine et interurbaine.

Ces mesures pénalisent en priorité : les transporteurs routiers, les commerçants transfrontaliers, les travailleurs dépendant de cette voie pour leurs activités quotidiennes, et, plus largement, les usagers ordinaires de la route.

Or, le communiqué ne mentionne aucune mesure d’accompagnement économique ou logistique pour atténuer les pertes et désagréments subis par ces catégories sociales, déjà fragilisées par un contexte économique difficile.

 

Une première historique qui étonne et choque

Le peuple togolais a toujours présenté ses vœux au Président de la République, parfois même au Palais de la Marina, sans que cela n’entraîne de telles tracasseries pour les citoyens. C’est donc une première et sous la Vème République que, pour une cérémonie protocolaire, des axes stratégiques soient quasiment paralysés, des gros porteurs déviés sur des dizaines de kilomètres et des activités économiques perturbées.

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Cette situation surprend d’autant plus qu’elle survient sous un régime parlementaire présenté comme plus proche du peuple. Si ceux qui vont présenter les vœux au Président du Conseil sont censés être l’émanation du peuple, et si le Président du Conseil lui-même est issu du peuple, une question fondamentale se pose : pourquoi le peuple doit-il être dérouté, pénalisé et entravé à cause d’une cérémonie censée le représenter ?

Une exception togolaise difficilement justifiable

Dans aucun pays de la sous-région ouest-africaine, les citoyens ne subissent de telles restrictions de circulation pour une simple cérémonie protocolaire. Même lors d’événements officiels majeurs, les autorités veillent à préserver la mobilité et les activités économiques essentielles.

Le Togo, engagé dans une nouvelle dynamique institutionnelle avec la Ve République, devrait s’adapter au contexte actuel et aux standards démocratiques modernes, plutôt que de perpétuer des pratiques héritées d’une gouvernance verticale et sécuritaire.

Une contradiction flagrante avec le discours social de l’État

Comment comprendre qu’au moment où les autorités annoncent leur volonté de soutenir les populations vulnérables à travers des transferts monétaires et des mesures sociales, ces mêmes populations soient confrontées à des entraves majeures dans leurs activités quotidiennes, sans aucune possibilité de dédommagement ?

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Les conducteurs de taxi-moto, les commerçants, les transporteurs, les travailleurs journaliers et les petits opérateurs économiques vivent au jour le jour. Les dévier sur des kilomètres, retarder leurs déplacements ou bloquer leurs itinéraires, c’est porter atteinte directe à leur capacité à assurer leur pitance quotidienne.

Une mesure en décalage avec les orientations du Président du Conseil

Cette décision apparaît également aux antipodes des nouvelles orientations affichées par le Président du Conseil lui-même. Dans son discours sur l’état de la nation, il déclarait que « la Ve République est la République des résultats ». Dès lors, comment justifier que l’on empêche des citoyens en quête de revenus de circuler librement, les obligeant à des détours longs et coûteux pour une cérémonie sans impact concret sur leur quotidien ?

Plus encore, lorsque le Président du Conseil affirme que « dans une démocratie parlementaire, la cohésion nationale ne se décrète pas », de telles mesures ne risquent-elles pas justement de fragiliser cette cohésion sociale, en accentuant le sentiment d’exclusion et de distance entre gouvernants et gouvernés ?

Le poids des vieilles habitudes dans une République nouvelle

« Si la République change, la méthode de gouvernance doit changer aussi », déclarait le Président du Conseil devant le Congrès. Pourtant, dans la pratique, tout semble indiquer que si la République a changé de nom et de configuration institutionnelle, les vieilles habitudes ont encore la peau dure.

La sanctuarisation excessive de l’espace public, la primauté accordée au protocole sur la vie citoyenne et l’absence de concertation rappellent des réflexes d’un autre temps, peu compatibles avec l’esprit d’une démocratie parlementaire moderne.

Une responsabilité politique à clarifier

Si cette décision est l’œuvre d’un ministre excessivement zélé, soucieux de démontrer son autorité plutôt que de servir l’intérêt général, il revient alors au Président du Conseil de désavouer clairement ces mesures. Un tel geste serait fort, symbolique et conforme à l’image d’un dirigeant à l’écoute du peuple.

À défaut, le risque est grand de voir s’installer durablement l’image de dirigeants coupés des réalités sociales, malgré un discours officiel qui prône proximité, résultats et gouvernance inclusive.

 

En conclusion, assurer la sécurité des autorités est légitime. Mais entraver la liberté de circulation des citoyens pour une cérémonie protocolaire relève d’un déséquilibre préoccupant. La Ve République togolaise ne saurait se construire sur des pratiques qui donnent le sentiment que le peuple est un obstacle à contourner plutôt qu’un acteur central à respecter.

La crédibilité du nouveau régime passe aussi par des actes concrets, visibles et cohérents, capables de traduire les discours politiques en réalité vécue par les citoyens.

 

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Francine DZIDULA

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