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Média : Le come-back d’un as du micro

 

La trajectoire professionnelle d’Innocent Têtêh Gawou, dit SAS, qui semblait prendre une nouvelle dimension après son élection par l’Assemblée nationale comme membre de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), s’est brutalement interrompue. En cause, selon certaines indiscrétions, des luttes de clans au sein du pouvoir qui auraient conduit à un blocage du processus de renouvellement de l’institution.

Le 29 décembre 2023, l’Assemblée nationale a élu six personnalités appelées à siéger au sein de la HAAC. Parmi elles figuraient quatre professionnels des médias : Arimiyao Tchagnao, Komla Dodzi Ekpe, Kodjo Gawou et Sambiani M. Mindieba Kanworé. Deux autres personnalités, Pirenam Abete et Komlanvi Agboh, ont également été élues. La composition de la HAAC devait être complétée par la désignation de trois membres par le président de la République, conformément aux textes en vigueur.

Mais cette étape n’a pas été suivie, dans le calendrier initialement attendu, par la mise en place complète de la nouvelle équipe. Les membres élus n’ont donc pas pu entrer en fonction dans les conditions prévues, notamment après leur prestation de serment.

Cette situation intervient dans un contexte institutionnel particulier. Avec l’entrée en vigueur de la Constitution du 6 mai 2024, le Togo a basculé dans la Ve République. L’article 95 de cette Constitution dispose que les institutions de la République prévues par la nouvelle loi fondamentale doivent être mises en place dans un délai n’excédant pas douze mois.

Or, le processus de renouvellement et de transformation de plusieurs institutions s’est prolongé au-delà de cette période. Le gouvernement avait d’ailleurs annoncé vouloir accélérer l’opérationnalisation des institutions prévues par la nouvelle Constitution. Parmi celles-ci figurent notamment la Haute Autorité pour la transparence, l’intégrité de la vie publique et la lutte contre la corruption (HATIC), la Haute Autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC), ainsi que le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

 

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Dans le cas de la HAAC, cette situation nourrit les interrogations sur la durée de vie d’une équipe dont le renouvellement avait pourtant été engagé. Pour certains observateurs, ce prolongement traduit un véritable blocage institutionnel.

Une mystérieuse « main noire »

S’agissant précisément des nouveaux membres élus, les raisons de cette situation restent obscures. Dans les cercles du pouvoir, certaines confidences évoquent toutefois l’existence d’une « main noire » qui aurait œuvré en coulisses pour empêcher l’aboutissement du processus.

Selon cette version, une personnalité aurait cherché à imposer l’un de ses candidats parmi les membres élus par l’Assemblée nationale. N’ayant pas obtenu gain de cause, cette influence aurait ensuite contribué au blocage de l’ensemble du processus.

Ces allégations alimentent les interrogations autour d’une situation pour le moins inhabituelle : des personnalités régulièrement élues se retrouvent dans l’attente de leur prise de fonction, tandis que l’ancienne équipe arrivé à terme de son mandat continue d’exercer.

SAS Gawou, victime collatérale ?

Parmi les membres élus par l’Assemblée nationale, le cas de SAS Gawou retient particulièrement l’attention. Animateur vedette de l’émission « Club de la presse » sur Kanal FM à Lomé, il est l’une des voix les plus connues du paysage radiophonique togolais.

Son élection l’avait placé devant une obligation de neutralité. Pour se conformer aux exigences liées à sa future fonction au sein de la HAAC, il avait dû se retirer de l’antenne.

Son cas était d’autant plus particulier qu’il était, parmi les nouveaux élus issus du monde des médias, l’un des plus directement identifiables par sa voix et son activité radiophonique. Contrairement à un journaliste de presse écrite pouvant éventuellement continuer à travailler sous une autre signature, un animateur radio ne peut guère dissimuler son identité derrière un pseudonyme : sa voix constitue son principal outil de travail.

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C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre sa décision de quitter son média.

Faut-il lui reprocher une certaine naïveté pour avoir démissionné avant même d’avoir prêté serment ? Nous n’irons pas jusque-là. SAS Gawou avait fait le choix de croire aux institutions de la République et au vote de la représentation nationale. Il pouvait difficilement imaginer que ce choix resterait aussi longtemps sans suite.

Cette confiance dans la décision du Parlement l’avait conduit à se désengager de son média afin de se rendre disponible pour sa nouvelle mission. Mais, plusieurs mois plus tard, la promesse institutionnelle ne s’est toujours pas concrétisée.

Retour au micro après une longue traversée du désert

Après plusieurs mois passés loin des antennes, avec les conséquences professionnelles et morales que cela implique, l’emblématique animateur renoue finalement avec le micro.

La radio Taxi FM lui offre ainsi une nouvelle possibilité de relancer sa carrière. Au sein de La Génial, il devrait retrouver son confrère Arimiyao Tchagnao, lui aussi élu par l’Assemblée nationale pour siéger à la HAAC.

SAS Gawou, journaliste et animateur radio

Le retour des deux journalistes dans cette radio en pleine restructuration procède-t-il d’une négociation avec le pouvoir ? Selon des sources bien informées, cette hypothèse serait à écarter.

Une autre question demeure toutefois : après plusieurs mois de traversée du désert, SAS Gawou a-t-il renoncé à retrouver son siège au sein de l’autorité de régulation des médias ? Son retour au micro pourrait le laisser penser, même si rien ne permet, à ce stade, de l’affirmer.

Une chose demeure : la situation créée par ce long blocage mérite d’être clarifiée. Si l’État reconnaît que le processus engagé doit aller à son terme, il lui appartient de trouver une issue permettant aux personnes régulièrement élues de connaître leur sort. La question d’une éventuelle réparation du préjudice subi pourrait également se poser, selon les voies de droit appropriées. La jurisprudence des députés exclus de l’ANC pourra constituer une piste.

SAS Gawou, un homme déjà éprouvé par les aléas de la vie professionnelle

Cette mésaventure institutionnelle n’est d’ailleurs pas la première épreuve professionnelle traversée par SAS Gawou.

Enseignant au début des années 2000, il avait été licencié à la suite d’un mouvement de grève. Après plusieurs mois difficiles, le natif de Hahotoè s’est tourné vers la presse.

Il fondera plus tard son propre journal, Nouvel Ère, avant de rejoindre Kanal FM, la radio qui le révélera au grand public.

Aujourd’hui, après cette nouvelle parenthèse forcée, l’« as du micro » reprendra dans 48h sa place derrière le micro. Une nouvelle page s’ouvre dans sa carrière, en attendant de savoir ce que deviendra son élection à la HAAC.

 

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Albert Akouété AGBEKO

 

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