Togo : Ce que doit faire le gouverneur Affo Dedji pour gagner la bataille contre les accidents de la route
Malgré les nombreuses mesures adoptées par les autorités togolaises pour réduire les accidents de circulation, les routes du pays continuent d’être le théâtre de drames récurrents. Le dernier en date, survenu le 27 juillet 2025 à Pana dans la région des Savanes, a coûté la vie à huit personnes et fait plusieurs blessés, ravivant une fois de plus le débat sur l’efficacité réelle des dispositifs mis en place.
Des mesures multiples… mais inefficaces
Parmi les initiatives prises au niveau national, on peut citer : l’interdiction de circulation des mini-bus après 21h ; l’obligation du port du casque pour les motocyclistes ; la lutte contre le racket policier.
Malheureusement, ces mesures peinent à produire des résultats concrets. Et pour cause, leur mise en œuvre repose en grande partie sur un corps de sécurité démotivé et précarisé.
Le mal togolais : un policier sur la route… mais en quête de revenus
Le policier togolais, souvent mal rémunéré et sans accompagnement social suffisant, se retrouve sur les routes dans une situation ambiguë. Au lieu de faire respecter la loi, il y voit une opportunité d’arrondir ses fins de mois, souvent au détriment de la sécurité publique. Sur les routes, ce ne sont pas les pièces du véhicule qui sont vérifiées, mais l’épaisseur des billets tendus par les conducteurs. Le résultat est connu : les accidents continuent.
À Pana, un rappel à l’ordre… mais suffira-t-il ?
Dans un communiqué officiel daté du 28 juillet 2025, le gouverneur de la région des Savanes, Affo Dedji, a dressé le constat des causes qui sont à l’origine de ces drames routiers. Il évoque notamment : le non-respect du code de la route ; la conduite en état d’ébriété ; la surcharge des véhicules ; l’état défectueux des moyens de transport.
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À partir du 1er août 2025, des contrôles routiers renforcés seront mis en œuvre par les forces de sécurité, après une phase de sensibilisation, annonce-t-il. « Tout contrevenant au code de la route s’expose à la rigueur de la loi », a prévenu le gouverneur.
Mais une question demeure : cette initiative régionale ne rejoindra-t-elle pas la longue liste des mesures sans effets durables ?
Quelles pistes pour une politique de sécurité routière réellement efficace ?
Pour espérer un changement structurel, des leviers plus profonds doivent être activés. Voici quelques axes d’action incontournables :
1. Volonté politique ferme
Tolérance zéro contre la corruption dans les forces de sécurité ;
Sanctions exemplaires (radiations, poursuites judiciaires) contre les policiers fautifs ;
Discours clairs et répétés des autorités condamnant les abus.
2. Réformes structurelles
Revalorisation salariale des agents ;
Amélioration des conditions de travail (logement, équipements) ;
Rotation fréquente des policiers pour éviter la constitution de réseaux de racket ;
Numérisation des contrôles (radars, PV électroniques) ;
Suppression des poches sur les uniformes, un détail symbolique mais significatif.
3. Formation et redevabilité
Formations continues à l’éthique et aux droits des usagers ;
Code de conduite clair, avec identification obligatoire (nom, matricule visible) ;
Mécanismes de plainte accessibles et protégés pour les usagers victimes d’abus.
4. Contrôle citoyen et mobilisation médiatique
Mise en place de lignes vertes ou applications mobiles de dénonciation ;
Sensibilisation des citoyens à leurs droits ;
Implication des médias, influenceurs et OSC pour maintenir la pression.
5. Dialogue avec les syndicats et OSC
Encourager l’auto-régulation des policiers ;
Intégrer les organisations de la société civile dans les dispositifs de contrôle.
6. Exemplarité judiciaire
Jugements publics et médiatisés des agents impliqués dans des actes de corruption ;
Révision du cadre légal pour inclure des peines dissuasives (amendes lourdes, interdiction d’exercer).
Le vrai problème : un statu quo qui arrange ?
La question reste entière : nos autorités sont-elles prêtes à s’engager réellement dans une réforme de fond ? Le doute est permis. Car tant que les forces de l’ordre continueront à considérer la route comme un guichet parallèle, les routes togolaises continueront d’endeuiller des familles. Ce n’est pas faute de lois ou de communiqués, mais de volonté et de courage politique.
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Albert AGBEKO
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