Togo : l’ADDI célèbre ses 35 ans et appelle la jeunesse à reprendre sa place dans la lutte démocratique
L’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI) a célébré, le 3 octobre 2026, ses 35 ans d’existence. À cette occasion, le parti a organisé à son siège d’Agoè-Nyivé Fiovi un colloque consacré à l’engagement de la jeunesse togolaise pour la démocratie et l’avenir du pays.
De 1990 à 2026, quelle place pour la jeunesse ?
Placée sous le thème « Jeunesse togolaise : du 05 octobre 1990 à aujourd’hui, quel engagement pour la démocratie et l’avenir du Togo ? », la rencontre a permis de revenir sur l’engagement de la jeunesse au début du processus démocratique et de réfléchir à son rôle dans le Togo actuel.
Dans son discours d’ouverture, le président de l’ADDI, Aimé Gogué, a insisté sur la nécessité de dépasser la simple commémoration. Pour lui, les 35 ans du parti doivent constituer un moment de mémoire, d’évaluation, de transmission et de préparation de l’avenir.
Créée le 3 octobre 1991, dans le contexte de l’ouverture démocratique du début des années 1990, l’ADDI est issue de la transformation en parti politique du Comité d’action pour le développement intégral (CADDI). Son histoire est liée à l’engagement de jeunes qui, à l’époque, avaient appelé leurs aînés à prendre part aux mutations politiques et sociales du pays.
« La jeunesse ne doit pas seulement être l’avenir »
Le colloque a également mis en lumière les difficultés auxquelles est confrontée la jeunesse togolaise : chômage, précarité, difficultés d’insertion professionnelle, inégalités d’accès aux opportunités et incertitudes quant à l’avenir. Une situation qui pousse certains jeunes à envisager l’émigration.
Pour Aimé Gogué, l’engagement ne doit toutefois pas se limiter à l’adhésion à un parti politique. Il passe aussi par l’information, la formation, la participation associative et communautaire, l’esprit critique, le débat et la capacité à proposer des solutions.

Prenant la parole sur l’engagement de la jeunesse dans les années 1990, Jean Yaovi Dégli, Rapporteur général de la Conférence nationale souveraine, ancien ministre rappelle qu’il n’a jamais été membre d’un parti politique, mais qu’il partage avec l’ADDI la conviction que la lutte démocratique doit être inclusive et servir l’intérêt général. S’appuyant sur une pensée de Frantz Fanon selon laquelle « chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir », il estime que chaque génération doit identifier les défis de son époque, prendre ses responsabilités et chercher elle-même les solutions, sans attendre qu’elles lui soient proposées.
Il explique que la mobilisation de la jeunesse togolaise est née d’une profonde déception face aux promesses faites autour des « États forts ». Au lieu de l’unité nationale, du développement et du bien-être annoncés, le Togo connaissait la pauvreté, la corruption, les divisions et l’absence de libertés. Cette situation a progressivement éveillé la conscience des jeunes, notamment dans les milieux universitaires, où des revendications sont apparues dès les années 1970 et se sont renforcées dans les années 1980. Les expériences de contestation et d’élections jugées truquées ont convaincu une partie de la jeunesse de la nécessité d’agir pour changer la situation du pays.

Cette prise de conscience a été renforcée par le contexte international de la fin des années 1980, marqué par la fin de la guerre froide, la Conférence nationale au Bénin et le discours de La Baule sur la démocratie et les droits de l’homme. Au Togo, des groupes de jeunes ont commencé à distribuer des tracts en faveur de la démocratie, entraînant des arrestations et un procès qui mobilisa fortement la jeunesse. Le 5 octobre 1990, la mobilisation devant le palais de justice, suivie de l’intervention des forces de sécurité, a marqué un tournant. Pour Jean Dégli, la colère qui a suivi les violences subies au palais a déclenché les événements dans les rues, transformant une mobilisation autour d’un procès en un mouvement plus large de contestation et de revendication démocratique.
L’appel à l’organisation et à l’action
De son côté, André Kangni Afanou, acteur de la société civile, a insisté sur l’importance du militantisme associatif dans la formation citoyenne des jeunes. Il a également défendu l’idée que l’engagement dans les institutions ne doit pas être systématiquement considéré comme une compromission, à condition de préserver ses convictions.
Son intervention a également porté sur les libertés publiques, les standards internationaux en matière de démocratie et la nécessité d’un contrôle citoyen de l’action publique. Il appelle notamment à la vigilance, à la documentation des faits et à la demande de comptes aux gouvernants.

À travers « L’Appel du 3 octobre 2026 : la jeunesse reprend la parole », la Ligue nationale des jeunes de l’ADDI invite pour sa part les jeunes à « prendre la parole », « s’organiser », « construire » et « faire vivre l’espérance ».
La Ligue nationale des jeunes du parti a lancé un appel à la jeunesse togolaise, l’invitant à « reprendre la parole » et à s’engager davantage dans la vie citoyenne et politique. Les jeunes de l’ADDI disent s’inscrire dans l’héritage des générations qui, au début des années 1990, ont porté les revendications de liberté, de démocratie, de justice et de dignité. Ils constatent cependant un recul de l’engagement d’une partie de la jeunesse, qu’ils mettent en lien avec le chômage, la précarité, la désillusion, l’exil et une perte de confiance dans l’action politique. Face à cette situation, ils appellent les jeunes cadres de l’administration publique et privée, entrepreneurs, étudiants, demandeurs d’emploi et membres de la diaspora à prendre la parole, à défendre leurs idées avec responsabilité, mais aussi à proposer des solutions. L’appel met également l’accent sur l’organisation collective, considérée comme un moyen de transformer les frustrations individuelles en force citoyenne.
Pour l’ADDI, les 35 ans du parti ne constituent donc pas un aboutissement. Ils doivent ouvrir une nouvelle étape dans laquelle la transmission entre générations et la participation de la jeunesse occupent une place centrale.
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Albert Akouété AGBEKO
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