Alors que le Togo traverse une période de mobilisation citoyenne intense et de tensions politiques croissantes, l’Internet Society – Chapitre Togolais tire la sonnette d’alarme sur une dégradation préoccupante de la qualité de la connectivité Internet. Dans un communiqué publié ce 28 juin, l’organisation met en lumière des anomalies techniques inhabituelles observées entre le 25 et le 27 juin 2025, période correspondant à des journées de manifestations et d’affrontements dans plusieurs quartiers de Lomé.
Une dégradation technique révélée par des données
Selon le rapport d’observation établi par l’Internet Society Togo, plus de 15 000 mesures techniques ont été effectuées à travers les réseaux fixes et mobiles du pays. Les résultats sont sans appel :
-1072 anomalies techniques détectées, soit un taux d’irrégularité de 6,9 % ;
-Hausse rapide des incidents critiques : de 76 le 25 juin à 360 le 27 juin ;
-281 échecs de connexion sur la période, dont 127 en une seule journée ;
-Temps de réponse DNS médian à 144 ms, avec des pointes à plus de 1000 ms ;
-Latence réseau moyenne de 118 ms, atteignant 200 ms à certains moments ;
-Multiplication des interruptions de sessions TCP anormales, suggérant d’éventuels blocages intentionnels.
Des services instables et des blocages suspectés
L’organisation affirme avoir reçu plusieurs dizaines de témoignages faisant état de ralentissements sévères, d’interruptions de plateformes internationales, et d’une instabilité généralisée de la connexion mobile et fixe dans certaines zones du pays. Des plateformes éducatives, professionnelles et de communication auraient été partiellement inaccessibles, affectant directement les activités économiques, pédagogiques et sociales des citoyens.
Ces perturbations surviennent alors que des rassemblements citoyens ont eu lieu les 25 et 26 juin dans la capitale, dans un contexte marqué par des revendications liées à la gouvernance, aux droits humains et aux réformes institutionnelles.
Un appel à la transparence et à la gouvernance numérique
L’Internet Society Togo rappelle que l’accès à Internet est aujourd’hui un droit fonctionnel essentiel à la vie démocratique, à l’éducation et à l’économie. Elle salue les avancées du pays en matière de digitalisation, mais appelle à renforcer la résilience et la transparence du réseau.
Parmi les recommandations prioritaires, on retrouve :
-La création d’un mécanisme indépendant de suivi de la qualité du réseau, incluant la société civile, les opérateurs et l’ARCEP ;
-L’élaboration d’un protocole de transparence pour informer rapidement les citoyens en cas de perturbation ;
-L’adoption d’une loi sur la gouvernance numérique, conforme aux standards internationaux de protection des droits numériques.
Appels aux différents acteurs
L’organisation formule également des recommandations spécifiques à l’attention de chaque acteur :
Aux autorités publiques : garantir en toute circonstance l’intégrité et la disponibilité du réseau, toute restriction devant être fondée, proportionnée et temporaire ;
À l’ARCEP : publier des données désagrégées sur les performances réseau, et ouvrir un dialogue technique sur les anomalies détectées ;
Aux opérateurs : faire preuve de transparence dans la gestion des incidents et assurer la continuité de service, même en période de crise.
L’Internet Society invite aussi les usagers à exercer leur droit à l’expression dans le respect de la légalité et de la paix sociale, tout en restant vigilants face à la désinformation et aux discours haineux.
Vers un rapport détaillé et une gouvernance inclusive
Dans les jours à venir, l’Internet Society Togo s’engage à publier un rapport complet sur la situation, fruit du monitoring et de l’analyse des données collectées. L’objectif : fournir une base factuelle pour améliorer durablement l’écosystème numérique au Togo.
L’organisation conclut en réaffirmant sa disponibilité à collaborer avec l’ensemble des parties prenantes – institutions, opérateurs, société civile et citoyens – pour bâtir un Internet libre, sécurisé, stable et accessible à tous, même en période de tension.
Notons qu’en 2017, la Cour de Justice de la CEDEAO a condamné le Togo pour avoir coupé l’accès à Internet, notamment pendant des périodes de troubles politiques. La cour a statué que ces coupures violaient la liberté d’expression et le droit d’accès à l’information.
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Francine DZIDULA
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