Au Togo, le jour des élections ne semble plus revêtir le caractère solennel qu’on lui connaissait autrefois. Alors que de nombreux pays africains comme le Ghana maintiennent leurs scrutins à des dates fixes et symboliques, le Togo, depuis l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé, multiplie les élections organisées en semaine. Une méthode qui suscite interrogations et critiques.
Un jour électoral devenu ordinaire
Traditionnellement, les Togolais se rendaient aux urnes un dimanche, jour de repos naturel, favorisant la mobilisation populaire. Mais cette pratique, bien que non encadrée par la loi, a progressivement été abandonnée sous l’ère Gnassingbé. Aujourd’hui, les élections ont lieu en semaine, à des dates parfois méconnues de la population. Certes, ces journées sont déclarées fériées, chômées et payées, mais elles ne suscitent plus la même ferveur citoyenne.
L’exemple ghanéen : stabilité et clarté
Juste à côté, au Ghana, la tradition électorale est claire : les élections présidentielles et législatives ont toujours lieu le 7 décembre, sauf cas exceptionnel, avec une investiture systématiquement fixée au 7 janvier. Ce rituel bien établi ancre la démocratie dans les habitudes et renforce la prévisibilité du calendrier politique.
Au Togo, cette clarté manque cruellement. Lors de la transition démocratique, la date des premières élections avait été fixée au mois de juin. Cette décision avait provoqué une vague de mécontentement parmi les populations du Nord, qui estimaient que cette période coïncidait avec la saison des pluies dans leur région. Pourtant, depuis cette époque, plusieurs scrutins ont été organisés en juin ou en juillet sans que ces mêmes populations n’expriment de protestation.
En 2024, par exemple, les élections législatives ont été fixées au 29 avril, soit deux jours après la célébration de la fête de l’indépendance. Résultat : les candidats battaient encore campagne pendant cette période censée être un moment de recueillement national en mémoire des luttes menées pour l’émancipation du pays.
Le 17 juillet : une élection éclipsée par une marche citoyenne
Cette année, la première élection dans le contexte de la Vème République est programmée sur un jeudi 17 juillet 2025. Mais ironie du sort, ce jour est davantage resté dans les esprits pour une manifestation populaire initiée par des influenceurs que pour le scrutin lui-même. Dans les rues et sur les réseaux sociaux, on parle plus de la marche citoyenne que du vote. Une situation symptomatique du désenchantement démocratique ambiant.
Une Constitution sans vision électorale
La promulgation de la nouvelle Constitution censée inaugurer une nouvelle ère républicaine n’a rien changé sur ce point. Aucune disposition ne vient corriger cette dérive. Au contraire, le texte semble davantage préoccupé à verrouiller le pouvoir et à assurer la pérennité d’un régime qu’à renforcer la participation démocratique.
Le contraste avec les bonnes pratiques du Bénin
Chez le voisin béninois, les candidats à une élection ont l’obligation de retirer toutes leurs affiches de campagne à la veille du scrutin, contribuant à une atmosphère apaisée et au respect du cadre de vie. Ailleurs, les dépenses de campagne sont suivies avec minutie et les dépassements sont sanctionnés. Au Togo, les affiches des dernières législatives restent encore visibles dans les rues, témoignant d’un manque de rigueur et de considération pour les standards démocratiques.
Une démocratie à repenser
À l’heure où les peuples africains réclament plus de transparence, de cohérence et de participation citoyenne, le Togo donne l’impression d’un pays à contre-courant. Le choix des dates électorales, loin d’être anodin, en dit long sur la volonté politique d’associer ou non les citoyens à la vie démocratique. Organiser des scrutins en semaine, les banaliser, c’est aussi affaiblir l’acte de voter. Et cela, le peuple togolais commence à s’en rendre compte.
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Albert AGBEKO
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