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Togo: Protection des hautes personnalités : une décision en porte-à-faux avec le peuple?

 

La récente réunion du Conseil des ministres a débouché sur l’adoption d’un décret portant création d’une direction chargée de la protection des hautes personnalités et des institutions de la République. Présentée comme une mesure d’adaptation au contexte sécuritaire et à la visibilité internationale croissante du pays, cette décision suscite néanmoins des interrogations profondes sur son opportunité politique et sociale.

Selon l’extrait du Conseil des ministres, cette nouvelle direction regroupera des éléments de la police nationale et de la gendarmerie nationale, placés sous un commandement unique. L’objectif affiché : rationaliser le commandement, mutualiser les moyens et professionnaliser davantage la protection des hautes autorités.

Sur le principe, protéger les institutions et les responsables publics n’a rien de contestable. Un État a le devoir d’assurer la sécurité de ses dirigeants. Mais dans le contexte togolais actuel, cette décision semble en décalage avec les priorités exprimées par une grande partie de la population.

 

Quel prix pour la proximité avec le peuple ?

L’avènement de la 5ᵉ République avait été justifié par la volonté de rapprocher davantage le pouvoir du peuple, à travers un régime parlementaire présenté comme plus inclusif et plus proche des réalités quotidiennes. Or, l’une des premières décisions emblématiques en faveur des “hautes personnalités” risque d’envoyer un signal inverse : celui d’un pouvoir qui se protège davantage qu’il ne se rapproche.

Dans un pays où l’on reproche souvent aux dirigeants d’être éloignés, coupés des préoccupations sociales du peuple, la création d’une structure spécialisée exclusivement dédiée à leur protection peut renforcer l’image d’un sommet retranché derrière des dispositifs sécuritaires toujours plus sophistiqués.

 

Des exemples contrastés dans la sous-région

Dans d’autres pays africains, certains gestes symboliques ont contribué à réduire la distance entre gouvernants et gouvernés. Au Bénin, le président Patrice Talon a déjà été aperçu se rendant à des événements publics comme le Vodun Day en tricycle, sans démonstration de garde rapprochée. Dans certains États, à l’instar du Sénégal, les palais présidentiels ouvrent régulièrement leurs portes aux élèves et aux citoyens, dans une démarche de transparence et de proximité.

Lire aussi : Togo : L’appel à manifester du M66 sous haute surveillance sécuritaire à Lomé

Au Togo, à l’inverse, l’accès à certaines zones institutionnelles demeure hautement restreint, barricadé ou clôturé. L’idée même de passer devant la présidence de la République est parfois perçue comme une démarche délicate. Dans ce contexte, renforcer encore la protection des hautes personnalités peut être interprété comme un verrou supplémentaire.

 

Une priorité contestable face à l’urgence sociale

Depuis l’entrée dans la nouvelle République, rares sont les mesures perçues comme un soulagement concret face à la vie chère. Alors que les populations dénoncent le coût élevé des produits de première nécessité et la pression économique croissante, aucune décision forte de baisse des prix ou d’allègement fiscal significatif n’a véritablement marqué les esprits.

Créer une nouvelle direction spécialisée – avec des moyens humains et matériels dédiés – soulève donc une question centrale : les ressources publiques sont-elles orientées vers les urgences sociales ou vers la sécurisation accrue des élites ?

D’autant plus que, même avant cette réforme, les hautes personnalités bénéficiaient déjà d’éléments des forces de sécurité affectés à leur protection. La création d’une structure supplémentaire apparaît moins comme une nécessité absolue que comme un choix politique.

 

La sécurité ne se limite pas aux armes

« On ne protège pas un pays seulement avec des armes » et des escortes, disait Faure Gnassingbé, le président du conseil dans son adresse de fin d’année. La stabilité durable repose aussi sur la confiance entre gouvernants et gouvernés. Une population écoutée, associée aux décisions et soulagée dans ses difficultés quotidiennes constitue le premier rempart contre l’instabilité.

En multipliant les dispositifs de protection au sommet sans gestes forts en direction de la base, le risque est réel de creuser davantage le fossé entre le peuple et ses dirigeants. La sécurité des institutions est essentielle, mais la sécurité sociale, économique et morale des citoyens l’est tout autant.

À défaut d’un équilibre entre ces deux dimensions, la nouvelle direction pourrait devenir le symbole d’un pouvoir qui se protège davantage qu’il ne protège son peuple.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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