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Togo, sauvons les apparences.

 

Il fait des semaines que le Togo occupe encore le devant de l’actualité en Afrique de l’ouest. A côté du massacre des palestiniens et de la guerre ses fous en Ukraine, le pays cher à Sylvanus Olympio défraie la chronique pour des images insoutenables suite aux manifestations des 6, 26, 27 et 28 juin 2025. Tout donne l’air d’une concurrence lointaine dans l’indigeste avec le pays de William Ruto. Les témoins oculaires des évènements malheureux d’avril 2005 qui ont inauguré le règne de Faure Essozimna Gnassingbé croyaient faire un cauchemar mais la réalité a très tôt rattrapé les illusions de modernité. En effet, depuis ce douloureux passage de témoin entre un président militaire héritier de la colonisation française et son fils, présenté comme un gestionnaire ancré dans la modernité, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Avec le virement à un régime constitutionnel hybride et mal ficelé, la prestation de serment de l’ancien opposant Jean Lucien Sanvee de Tové sans écharpes ni symbole de pouvoir comme Président de la République, devant une assemblée incrédule, nous avons franchi le Rubicon. La société togolaise est témoin d’une corruption des mœurs qui n’a malheureusement pas épargné les sphères politiques et ne connait pas d’âge. Qu’avons-nous fait pour mériter ce sort ?

La perte des valeurs morales dans la société togolaise. On a souvent tendance à l’illustrer par les péripatéticiennes du « carrefour Y » et les pugilats oratoires des influenceurs et du 228 sur leur réseau de prédilection. Depuis toujours les acteurs de la vie politique sont épargnés. Les quelques dénonciations de la corruption sont vite orientés vers le leader du Mouvement Centriste Républicain Abass Kaboua, champion dans le retournement à 360° et fidèle à sa devise « quelqu’un laisse, quelqu’un prend ». Oui, la nature a horreur du vide mais est-ce à toutes les tables qu’on peut dîner ? Cette interrogation nous ramène aux réalités et aux exigences de la morale et de l’éthique en politique. 

La question de la morale politique sera donc celle des actions permises et défendues dans une société donnée, sanctionnées ou non par le droit, par rapport à la conquête et à l’exercice du pouvoir, et en particulier du pouvoir d’État. S’il faut considérer que l’éthique s’adresse plutôt à l’individu considéré comme un citoyen libre et que la science politique s’adresse plutôt aux législateurs ou aux administrateurs d’une cité, puisque la cité est pourvue d’une constitution, d’une organisation, d’un pouvoir contraignant, il est important de partir d’une clarification de ces notions pour valider l’analyse des comportements au Togo depuis quelques moments.

Reconnaissons que notre pays frôle la dérive, une faillite morale. Les valeurs d’un pays ne se mesurent pas à la capacité du gouvernement à payer les militaires et les fonctionnaires à la trentaine, encore que ces salaires sont souvent présentés par ses bénéficiaires comme des primes de silence plutôt qu’une rémunération de leurs efforts pour le développement du pays. Et s’il faut partir de ce point, les disparités flagrantes introduites par certaines régies financières ou corporations avec la grille indiciaire dans l’administration publique conjuguées avec le communautarisme ambiant ont vite fait d’enlever à de nombreux agents le plaisir de servir la patrie. Si ce n’est le communautarisme, la politisation à outrance de l’administration avec cette conception qu’« on mange en famille » a vite fait de dégrader l’image de l’administrateur qui rase les murs au quartier comme un damné de la terre face aux récriminations de la société. Aujourd’hui, l’administrateur modèle est celui qui milite dans le parti au pouvoir, accepte d’aller contre les valeurs de la bonne gouvernance, hardi à sauvegarder les intérêts de sa communauté, de persécuter ou d’étouffer les talents pour préserver ses avantages sinon protéger ses ambitions. Il est loin l’époque où le fonctionnaire inspire confiance, respect et intégrité. La course à l’enrichissement a vite compromis les relations professionnelles au point où le sens de la hiérarchie, la méritocratie et le dévouement ont quitté le vocabulaire administratif. Le manque de modèles, faute de carrières linéaires dans l’administration depuis les années 1990, a vite fait d’envoyer les jeunes recrues aux dents fourchues dans les bras de l’activisme politique au détriment de la performance. Pourvu qu’on vous trouve un poste juteux et le tour est joué. Mieux, l’escroquerie intellectuelle voudrait que les matières grises de l’administration qui rechignent à rejoindre le parti à la colombe soient réduits à être des exécutants voués aux moqueries d’une coterie de sans valeurs ajoutées qui ne jurent que par le palais. Sous les drapeaux, le décor n’est peut-être pas plus reluisant mais c’est la grande muette…Valeurs et discipline ont toujours caractérisé ses femmes et hommes qui veillent sur nos sommeils, mais hors caméras, les statistiques des désertions ont vite fait d’alerter les sécurocrates. Mais ont-ils pris la mesure du mal ?

Les images de miliciens armés qui défilent dans les rues de Lomé pendant des manifestations, les bastonnades de citoyens même à terre par une horde d’agents en tenue, les récits qui inondent la toile, les corps inertes de jeunes gens sortis de la lagune de Bè nous rappelle à tous que le Togo a repris les attributs peu glorieux d’un Etat en difficulté. Ce sont des indicateurs d’une déchéance morale. Comment comprendre que malgré les efforts collectifs pour un vivre ensemble, nous soyons encore là à raviver le spectre d’un lendemain incertain ? Avons-nous mis la pédagogie au service de l’action politique ? Moins d’une dizaine d’année après les conclusions de la CVJR, malgré les beaux discours de Joseph Kokou Koffigoh et dame Awa Nana au HCCRUN, sommes-nous vraiment repentis ? Si oui, d’où sortent encore ces nervis sous le soleil des forêts sacrées de Bê ? D’où viennent-ils ? Que cherchent-ils à l’ère du numérique ? Qui sont encore ces nostalgiques des périodes sombres toujours tentés de réécrire l’histoire du Togo au sang ?

Nous sommes bien au XXIe siècle, une époque où la dictature des réseaux sociaux fait corps avec la gestion des affaires publiques. Il est aujourd’hui impossible de museler les libertés au point de vivre l’exercice du pouvoir comme sur une planète isolée. Tout être humain aspire à un bien être, à un meilleur avenir et à l’accomplissement de ses rêves. On a beau ingurgité Machiavel, s’entourer des courtisans, des plus loyaux aux plus opportunistes, s’assurer la fidélité de la meute féminine, engranger la confiance d’une soldatesque dévouée au pires exactions pour protéger le régime, les cris de désespoirs des millions de citoyens finiront par briser les glaces du palais froid. Qu’adviendra-t-il de nous ? C’est face à ces incertitudes que l’éthique sinon la morale interpelle tout acteur politique, qui qu’il soit, à faire une introspection, à écouter sa conscience. Oui, Dieu nous parle, du plus profond du silence, il est bruyant. 

Il est beau à voir, Tchassona arborer des boubous bleus pour renier l’évidence, les émoluments de sénateurs ont vite fait d’avoir raison de la rhétorique de l’homme de droit. Que dire de Tchiakpé ? Pendant que le maître des lieux au Palais des gouverneurs, se plantait derrière les poteaux pour échapper aux caméras, il s’est trouvé lui une vocation, défendre le calme des bords de la lagune. Normal, il y a un remaniement en vue, le Patron appréciera. Il est tout aussi triste de lire les communiqués de nos amis déshérités, plus aptes aux pugilats pour le contrôle de l’héritage encombrant d’un érudit de la roublardise qu’est Agboyibo que d’être dans la contestation. D’ailleurs il est depuis admis que dans le code non écrit de ce parti, que quiconque ose critiquer les actions des gouvernants va s’attirer les foudres des nouveaux « agents ». Les deals secrets avec les hommes du pouvoir et l’animosité envers Me Apévon constituent l’unique projet politique pour cette poignée d’hommes encore fidèles aux rituels. Comme si le ridicule ne tue pas, à cette période où notre pays a besoin des grandes gueules, ceux qui hier à la faveur de la double nationalité s’inventent un destin national, se promenant de studios radio en studios sont devenus aussi muets comme des carpes. On ne crache pas dans la soupe, dira quelqu’un qui met la posture de l’éternel script du CAR au crédit des relations incestueuses avec ses frères initiés dans le système. Entre adeptes de Jahbulon, on ne se mange pas jusqu’aux os, fraternité oblige ! Que dire du métis le plus heureux de la République ? Il n’est pas le mieux indiqué pour porter la colère des démunis. Repu et ivre d’une écharpe de maire mal ficelée, il a vite fait de sauter dans le premier avion au lendemain de la colère de la rue pour Paris. Objectif : récupérer une révolution née des bords de la Seine à la faveur des envolées lyriques de Ferdinand Ayité, le trouble-sommeil du Prince et Aziz le rossignol des ghettos de Kpalimé. Résultat : Bredouille. Conséquences, reprise de la campagne sans flute ni trompette pour conserver l’écharpe ; à défaut d’être Président on s’accommode bien des attributs de maire. Zaga Bambo n’a pas mordu à l’hameçon, il n’a apparemment pas oublié l’expérience de Tikpi Atchadam. Avec ce passif lourd conjugué aux départs en cascade enregistrés ces derniers jours par le parti orange, il ne fait pas bon de compter sur le président de la plage pour porter les cris de la rue. David Dosseh, Brigitte Adjamagbo, ils ont beau rêvé de l’onction des bloggeurs mais la réserve est de mise. Les Togolais gardent à l’esprit la trahison de la classe politique, plus apte à aller chercher des ponts d’or aux côtés des maux élus que défendre véritablement la plèbe. Devant cette faillite morale de l’opposition, il est évident que s’il devrait avoir une alternance, seule la majorité présidentielle pourrait porter l’initiative mais…

Ils ont l’avantage de s’être frotter à l’exercice du pouvoir. Ils connaissent bien de dossiers, en plus ils disposent d’un trésor de guerre au cas où le prince venait à émettre une envie de départ, mais malheureusement ils n’ont pas les couilles. Le système est huilé, seul le Prince a le contrôle des agendas. Celui qui entre temps donnait des gages d’espoir aux Togolais a pris ses distances avec ceux qui hier ont milité pour sa libération. Certain pour se donner bonne conscience parrainent des partis satellitaires, si ce n’est d’organiser des fêtes, entourés d’une meutes d’opposants repentis en quête des libéralités du système. Ils n’ont rien à offrir. Les femmes plus voraces les unes que les autres sont dans les guerres de coépouses. La lumière qui semble pointer de l’horizon des monts Kabyè peut-il rassurer les Togolais aussi sceptiques par expérience des nombreuses trahisons de la classe politiques ? La nature a horreur du vide.

Si l’expression démocratique est réduite au cosmétisme juridique et que les libertés sont apprivoisées, devant les dérives d’une autorité de régulation des médias et la complicité tacite de l’institution investie de la défense des droits de l’homme, les cœurs meurtris et étouffés ont vite fait de trouver le salut auprès des voix dissidentes dans la diaspora, sur les réseaux sociaux. On a beau contracter les agences de communication les plus réputées et les cabinets de lobbying, cela n’a guère entamé la popularité de ces seigneurs des réseaux sociaux qui y règnent en maitres absolus. Que pourrons faire ces jeunes recrues aux mains nues, livrés à eux devant une horde de guerriers de la toile ? Ils ont beau usé des faux comptes, emprunter aux jargons de la dénonciation pour attirer la sympathie de la communauté mais que nenni. Le mal est profond. L’image du Togo en pâtie. 

Le seul remède pour réconcilier la classe politique avec le contribuable togolais est le mea culpa des acteurs politiques. Le divorce est loin d’être acté. Revenons aux valeurs humaines dans la politique. Un Chef ne méprise pas sa population, il l’écoute. Ce n’est pas un aveu de faiblesse que de descendre dans la masse pour prendre le pool de la société. A force de se complaire dans la douceur des finances publiques et les prestiges de l’uniforme, les courtisans ne sont plus des alliés objectifs, ils écument vos faits et gestes prêts à vous sanctifier si ce n’est vous sacrifier, l’essentiel c’est de préserver leurs intérêts personnels. Ils croient tous à un destin national. La faillite morale a eu raison de nous, mais ce n’est pas tard pour bien faire. Hier les plus farouches opposants sont devenus des alliés du système qui étouffe les talents, réprime la contestation et justifie les dérives. Sauvez au moins les apparences mêmes si vos passeports étrangers par lesquels vous jurez tant vous donnent l’illusion d’un pâturage plus vert ailleurs en cas d’apocalypse.

Ouf l’argent, le pouvoir… Et nos valeurs ? Tout ne se résume pas aux beaux costumes, aux parfums de prix et aux belles voitures, la vie humaine est sacrée. Le monde entier nous regarde, Sauvons au moins les apparences!

 

Alex Edoh,

Journaliste et analyste politique

IPDCP-1

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