Quatre-vingt-dix jours. Dans une démocratie fonctionnelle, c’est généralement le temps qu’il faut à un nouveau gouvernement pour poser ses premiers jalons, définir ses priorités, imprimer sa marque. Au Togo, c’est le temps qu’il a fallu pour constater… l’absence d’un gouvernement.
Depuis la prestation de serment de Faure Gnassingbé comme président du Conseil des ministres le 6 mai 2025, au lendemain du passage à la 5ᵉ République, le pays est sans équipe gouvernementale officielle. Trois mois de vide institutionnel, de gestion expédiée par des ministres démissionnaires, d’attente interminable dans une République pourtant annoncée comme plus « efficace » et « moderne« .
Un lancement manqué de la 5ᵉ République
La nouvelle Constitution adoptée à marche forcée début 2024 était censée ouvrir une nouvelle ère. Une République parlementaire où le chef de l’État devient arbitre au-dessus de la mêlée, et le président du Conseil des ministres, nommé par l’Assemblée nationale, concentre l’essentiel du pouvoir exécutif.
Or, dans les faits, Faure Gnassingbé reste aux commandes, et le Togo piétine. Le nouveau régime, censé apporter célérité et rationalité à l’action publique, débute au contraire dans une opacité totale et un immobilisme institutionnel préoccupant.
Aucun gouvernement nommé, aucune feuille de route rendue publique, aucun discours d’orientation, si ce n’est une brève apparition du chef de l’État lors des traditionnelles luttes Evala. Un silence qui en dit long.
Le peuple n’est pas dupe
Certes, les Togolais n’attendent plus de miracles d’un pouvoir en place depuis deux décennies. Les espoirs d’un changement structurel se sont dissipés depuis longtemps. Mais le respect des formes républicaines, la décence institutionnelle, semblait encore relever du possible.
Faure Gnassingbé aura surpris même les plus désabusés : ouvrir un nouveau régime par une vacance de gouvernement, sans explication, sans transparence, c’est poser les bases d’une 5ᵉ République déjà discréditée.
Car le problème du Togo ne réside pas dans le système, monarchique ou parlementaire, mais dans les pratiques politiques et le verrouillage du pouvoir. Le changement constitutionnel a été un simple vernis, sans impact réel sur la gouvernance.
Une République en gestion courante depuis deux ans
Le gouvernement démissionnaire, resté en place par défaut, fonctionne en mode dégradé depuis près de deux ans. La démission du précédent Premier ministre en septembre 2023 avait déjà plongé le pays dans une forme d’hibernation politique. Depuis, les ministres gèrent les affaires courantes, sans vision ni moyens de réforme.
Résultat : le budget 2025 ne peut être exécuté correctement, faute de gouvernement de mission. Or, le Togo s’apprête à planifier le budget 2026 dans ce contexte de flottement, sans cap ni pilote clairement identifié.
On en arrive à un paradoxe : dans un pays où le parti au pouvoir, UNIR, proclame que « quand on gagne, on gouverne« , la victoire électorale débouche sur une incapacité à former un gouvernement.
Une anomalie démocratique
Le Togo offre aujourd’hui le spectacle d’un pouvoir désincarné, déconnecté des réalités sociales, préoccupé davantage par la conservation du pouvoir que par l’exercice de la responsabilité publique.
Dans un pays en proie à une crise de confiance, où la jeunesse se désintéresse de plus en plus de la chose publique, où les besoins sociaux urgents (emploi, santé, éducation, sécurité) restent sans réponse, cette vacance du pouvoir exécutif est une anomalie démocratique majeure.
90 jours de trop
Le constat est sans appel : la 5ᵉ République togolaise commence mal. Non pas pour des raisons structurelles ou juridiques, mais parce qu’elle est pilotée par les mêmes acteurs, avec les mêmes logiques d’opacité et de contrôle. Le Togo n’a pas besoin d’un changement de régime, mais d’un changement de culture politique.
Faure Gnassingbé, en choisissant le silence comme marque de fabrique de son nouveau mandat, envoie un signal fort : ce n’est pas un nouveau départ, mais la continuation d’un pouvoir qui se réinvente sans jamais se remettre en question.
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Francine DZIDULA
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