Des leaders de l’opposition
Au Togo, l’opinion nationale a tendance à se mettre du côté de la formation politique opprimée par le pouvoir. C’est ainsi que des formations politiques au départ inconnu de l’opinion, qui, à force de subir des injustices et les brimades de la part du régime, ont vu leur cote de popularité augmenter au sein de l’opinion. Tel a été l’histoire politique récente du Togo.
Au début du processus démocratique, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) avec son leader Me Yawovi Agboyibo subissaient les foudres du pouvoir. De ce fait, la population togolaise a développé une sympathie vis-à-vis de ce parti politique faisant de lui à un moment donné la première force politique de l’opposition.
Par la suite, avec l’intrusion de l’Union des forces de changement (UFC) dans le jeu politique avec son leader Gilchrist Olympio, devenu la bête noire du régime, le pouvoir ne cachait pas sa volonté de nuire au fils du Père de l’Indépendance qui, par la simple évocation de son nom faisait trembler Lomé 2. Au fur et à mesure que les décisions arbitraires (notamment le vote de la loi exigeant de tout candidat à l’élection présidentielle de résider dans le pays six mois avant le scrutin alors qu’au même moment on mettait tout en œuvre pour qu’il ne foule pas le sol du pays natal) se prenaient à son encontre dans le but de l’exclure du processus électoral, la cote de popularité de Gilchrist Olympio ne faisait qu’augmenter en flèche dans l’opinion. Tirant profit de cette publicité, le président de l’UFC, devenu leader charismatique de l’opposition pouvait non seulement imposer ses vus à ses autres collègues de l’opposition mais encore, en juin 1998, il pouvait prétendre battre le Général Eyadema avant que le processus électoral ne soit sorti de son cadre légal par la publication des résultats par le ministre de la sécurité, le Général Mèmène Séyi. Les années qui ont suivi tout était mis en œuvre pour exclure ce candidat qui empêchait le régime de dormir.
Pour contrecarrer cette volonté d’exclusion, l’UFC était obligée de chercher des candidats de substitution. Et c’est l’un de ces candidats qui après le scrutin présidentiel de 2010, classé deuxième, Jean-Pierre Fabre, partira former son propre parti politique, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), après une scission intervenue au sein du parti qui l’avait présenté.
Parti avec la majorité des militants de l’UFC, Jean-Pierre Fabre avec sa fougue et sa hargne d’en découdre avec le plus vieux régime réfractaire à l’alternance en Afrique de l’ouest sera à son tour l’ennemi à abattre. Il subira des coups de boutoir du pouvoir. Ces entraves et intimidations feront de lui le personnage politique en vue de l’opposition. Et il en récoltera les dividendes pour lui et sa formation politique qui seront classés respectivement chef de file de l’opposition et première force politique de l’opposition.
En 2017 ce sera le Parti nationaliste panafricain (PNP) qui, bénéficiera à son tour de la sympathie de la population togolaise pour avoir suscité la révolte populaire jamais organisée dans ce pays. Traqué par la suite comme un pestiféré, Tikpi Salifou Atchadam, le leader de ce parti n’aura son salut qu’après avoir déserté le territoire national. Son parti aurait pu lui aussi tirer les marrons du feu, s’il n’avait pas opté pour la non-participation à aucune élection sous régime de dictature.
Quand on voit aujourd’hui la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) subir le martyre du régime et en tenant compte de l’histoire récente du Togo, on peut à juste titre se demander si l’histoire ne serait-elle pas en train de bégayer ? Autrement dit, le régime n’est-il pas en train de se créer son propre opposition comme cela avait été le cas jadis ?
Il y a quelques années porter les couleurs jaune ou orange et se promener dans certains quartiers de Lomé se révéleraient être un jeu dangereux, aujourd’hui ces couleurs passent inaperçues. Il était de même inimaginable que la télévision nationale, la TVT passe sur ses écrans les activités de l’UFC et de l’ANC, aujourd’hui la chaine nationale se permet même de commencer le journal par les activités de ces formations politique sans que cela n’émeut personne. Aussi, les forces de l’ordre et de sécurité n’assurent-elles pas la sécurité et la protection des meetings organisés par ces partis politiques ?
On aurait aimé que cette ouverture du jeu politique soit étendue à toutes les formations politiques. Mais force est de constater qu’au moment où on déroule le tapis rouge à certains partis politiques qui certainement ne font plus peur, on continue par brimer d’autres en les empêchant d’exercer leurs activités conformément à la charte des partis politiques. Ce faisant on les érige victimes et par conséquent ils bénéficient de la sympathie de la population qui a tendance à être du côté du faible. Ce qui fausse le jeu politique qui, au lieu d’être, le lieu du débat contradictoire et d’argument contre argument, fait beaucoup plus appelle à l’émotion et au sentiment. Et delà à se demander si le pouvoir ne fabrique pas son propre opposition ?
Francine DZIDULA
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