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Togo : Les défis de la rentrée scolaire en période de COVID-19 dans les milieux ruraux

Bientôt les élèves des écoles togolaises vont prendre la route de leurs classes respectives selon le calendrier scolaire établi par les autorités compétentes de l’éducation. Nombreux seront-ils encore dans les hameaux et localités reculés de notre pays à faire face à cette réalité. Mais la question que l’on se pose de nos jours est la suivante : dans quelles mesures les élèves des localités enclavées ou démunies pourront-ils se rendre à l’école avec la nouvelle donne que nous impose la situation sanitaire de la pandémie au COVID-19, sachant que  par le passé ils éprouvaient déjà des difficultés ou ne bénéficiaient pas du minimum possible pour étudier ?

 Que ça soit à Afidenyigban, à Témédja ou à Glélou dans l’Amou, à Ountivou dans l’Ogou, ou dans bien d’autres localités reculées de toutes les autres régions composantes du Togo, nombreux seront ces enfants qui vont se retrouver encore sous des paillotes construites avec des moyens de bord ou à la sauvette pour pouvoir leur permettre de se regrouper et suivre les cours sans aucun moyen de protection…

 Quelles dispositions nos autorités prévoient-elles pour ces enfants dans les milieux ruraux ? Quelles dispositions et conditions d’étude les instances dirigeantes de l’éducation nationale préconisent-elles pour ces milieux où auparavant les conditions hygiéniques n’étaient pas de rigueur ? Bénéficieront-ils également des apatams améliorés comme promis par les autorités du moment où ils n’ont même pas de locaux de défécation propices ? Malgré les efforts du ministère du développement à la base à travers ses antennes régionales avec le soutien de l’UNICEF avec les programmes de cantines scolaires et autres, nombreux sont encore ces enfants (jeunes filles) qui n’ont toujours pas accès à l’éducation de base. 

LE BON COTE DU CORONAVIRUS

Le coronavirus a aussi du bon. En mettant sous tension le système éducatif, l’épidémie du coronavirus met en évidence ses failles. Plus qu’elle ne les découvre, elle les révèle au grand jour. Qu’il s’agisse des problèmes d’hygiène dans les écoles, de la communication avec les parents ou du style de commandement, pas sûr qu’une pandémie suffise à les régler. Mais au moins ce sera plus difficile de continuer à les ignorer. Alors que l’épidémie de coronavirus s’accélère et que l’institution scolaire est obligée de réagir, des failles anciennes du système éducatif deviennent tout d’un coup intolérables. La première à être révélée c’est celle de l’hygiène dans les écoles et établissements scolaires. Tout le monde connait l’état de délabrement des toilettes scolaires, l’absence de savon et de papier, le manque même de points d’eau en nombre suffisant et l’absence d’eau chaude dans beaucoup d’écoles.
 

Tout cela est un héritage presque un trait identitaire de l’école togolaise. La question de l’hygiène renvoie aussi bien à la culture scolaire tournée vers le savoir intellectuel et ignorant le corps, qu’au climat scolaire et au style de gestion des établissements. Dénoncé depuis des lustres, le problème devrait sauter à la gorge des autorités en ce temps d’épidémie. A quoi sert d’afficher partout qu’il faut se laver les mains 30 secondes très régulièrement, et que c’est le premier geste contre l’épidémie quand on est incapable de le faire respecter ou de mettre à disposition des apprenants de l’eau potable et en supposant qu’il y ait du savon. Sur ce point, le plus surprenant c’est la facilité avec laquelle les autorités éducatives ferment les yeux et les collectivités assument cette honte. Dans le meilleur des cas on a livré du savon ou on s’engage à en livrer « à la demande », renvoyant ainsi la responsabilité au terrain scolaire. Nulle part, semble-t-il, on a décidé d’en finir avec ce problème. 

Grandir à la campagne de nos jours, c’est trop souvent grandir sans pouvoir bénéficier d’instruction digne de ce nom. La fréquentation scolaire est généralement faible et les abandons nombreux, les plus pénalisées étant les jeunes filles et les populations montagnardes. Cela n’a rien de surprenant lorsqu’on pense aux kilomètres que beaucoup d’enfants doivent parcourir chaque jour pour rallier une école délabrée où tout manque : mobilier, matériels pédagogiques, eau potable, sanitaires et parfois même jusqu’à l’enseignant. L’inaccessibilité des services publics de base et les opportunités qui leur permettraient d’échapper un tant soit peu à la pauvreté rend la donne plus complexe. C’est le reflet du désintéressement des responsables politiques pour asseoir une politique éducative adéquate au monde rural qui constitue pourtant une belle dame à courtiser en périodes électorales. Les gouvernements ne comprennent pas vraiment combien la formation des populations rurales est un facteur de développement d’un pays malgré d’innombrables programmes conçus à l’endroit de ces populations.

Jean-Marc E.

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