Take a fresh look at your lifestyle.
Mixx by Yas

Bénin-Togo : deux approches opposées de la transmission du pouvoir et de la place de la jeunesse

Le week-end dernier, au Bénin, le président Patrice Talon a pris une décision symbolique et lourde de sens. Après dix ans à la tête du pays, il a réaffirmé sa promesse de ne pas briguer un troisième mandat et a désigné son dauphin : Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et des Finances, âgé de 49 ans. En confiant la relève à un profil relativement jeune, Talon montre une volonté de préparer l’avenir et d’inscrire son action dans une logique de transmission générationnelle. Même si Wadagni n’est pas issu de la frange la plus jeune de la population, son choix traduit une ouverture vers le renouvellement des élites et l’émergence de nouvelles figures dans l’espace politique béninois.

Au Bénin, un pari sur la relève

Ce geste politique s’inscrit dans une démarche assumée : préparer l’alternance et rassurer une jeunesse béninoise qui représente une force vive de la nation. Patrice Talon envoie ainsi un message clair : la continuité du pays ne peut se faire sans une intégration progressive des nouvelles générations dans les cercles de décision. Le signal est d’autant plus fort que le Bénin, régulièrement cité en exemple pour sa vitalité démocratique en Afrique de l’Ouest, cherche à consolider son image en favorisant un passage de témoin maîtrisé.

Au Togo, un retour aux vieilles recettes

À Lomé, la scène politique semble évoluer dans une tout autre direction. La semaine suivant la décision de Patrice Talon, le président du conseil des ministres, Faure Gnassingbé, engagé dans son cinquième mandat dans la Cinquième République, a procédé à sa première nomination après quatre mois sans gouvernement. Le choix s’est porté sur Stanislas Bamouni Baba, 69 ans, nommé Secrétaire général du gouvernement.

Un nom qui n’est pas nouveau. Bamouni Baba occupait déjà des postes ministériels dans les années 1990, à une époque où la majorité des Togolais d’aujourd’hui n’était pas encore née. Sa nomination illustre la volonté de s’appuyer sur des cadres expérimentés, mais elle envoie surtout le signal d’une gouvernance marquée par le recyclage d’anciennes figures, héritées de l’ère Gnassingbé père.

Une jeunesse mise à l’écart

Le contraste entre les deux pays ne pourrait être plus flagrant. Alors que le Bénin tente de créer une dynamique de relève, le Togo donne l’image d’un système fermé, où la jeunesse – qui constitue près des deux tiers de la population – reste largement écartée des responsabilités majeures. La symbolique est d’autant plus marquante que l’annonce de cette nomination a été faite par Kouessan Yovodevi, ancien directeur de la télévision nationale, figure connue pour avoir lu pendant des décennies les communiqués officiels. Un clin d’œil presque ironique à une époque où le pouvoir se répétait inlassablement, avec les mêmes visages.

Pourtant, cette jeunesse ne manque ni de compétences, ni d’ambition. Artistes, activistes, bloggeurs et entrepreneurs multiplient les initiatives et les appels à plus de justice sociale et de transparence. Des voix comme celle du rappeur Aamron dénoncent ouvertement la mauvaise gouvernance et appellent à un sursaut citoyen. Mais ces élans se heurtent à une répression sévère et à une marginalisation institutionnelle.

Deux trajectoires, deux visions de l’avenir

L’attitude des deux chefs d’État révèle deux visions politiques diamétralement opposées. Du côté de Cotonou, Patrice Talon semble miser sur l’intégration d’une nouvelle génération pour assurer une continuité sans rupture brutale. À Lomé, Faure Gnassingbé donne le sentiment de consolider un système verrouillé, où les mêmes acteurs et leurs réseaux gardent la main sur les affaires publiques.

La question demeure : quelle place pour la jeunesse togolaise dans cette Cinquième République ? Tant que les jeunes resteront spectateurs d’un théâtre politique dominé par les figures du passé, ils risquent de perdre confiance dans les institutions. Or, sans leur implication, le pari du développement et de la stabilité politique sera difficile à gagner.

Le Bénin et le Togo, voisins aux destins liés, incarnent aujourd’hui deux lectures différentes du futur : l’un qui tente de préparer la relève, l’autre qui s’accroche aux vieilles recettes. Mais dans les deux cas, l’avenir de leurs nations dépendra inévitablement de la capacité à associer leur jeunesse aux décisions qui façonnent leur destin.

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de togoscoop.tg, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

Francine DZIDULA

E-Mail: togoscoop@gmail.com

Tél : (00228) 90 96 63 64/ 99 56 57 88 : Pour vos reportages, annonces et publicité, contacter le service commercial de votre site Togoscoop.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

+ 63 = 66
Powered by MathCaptcha

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy