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Interview SENYEDJI Akouvi N. Odile, Conseillère pédagogique : « Notre place n’est pas dans les bureaux, mais aux côtés des enseignants »

 

Longtemps confrontée aux échecs scolaires, notamment au probatoire qu’elle a dû reprendre à plusieurs reprises avant de décrocher finalement son baccalauréat, SENYEDJI Akouvi N. Odile n’a jamais abandonné ses ambitions. Entre interruptions d’études, petits commerces, mariage et reprise progressive de son parcours professionnel, elle a su transformer les obstacles en tremplin. Aujourd’hui conseillère pédagogique, elle accompagne enseignants et directeurs d’école avec passion et engagement. Dans cette interview, elle revient sur son parcours inspirant, les réalités du terrain éducatif et les défis de l’enseignement au Togo.

 

TOGO SCOOP INFO : Pouvez-vous vous présenter et décrire votre parcours ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : À l’état civil, je suis SENYEDJI Akouvi N. Odile. Je suis née un 22 avril à Lomé dans une famille polygame et unique fille d’une fratrie de 6 enfants utérins. Mon père fut militaire et ma mère ménagère. Je suis mariée et père de trois filles. 

À cause du métier de papa, j’ai grandi à Kara où j’ai fait mon cours primaire à l’EPP du Camp Landja de 1983 à 1989. De 1989 à 1993, j’étais au collège Adèle. Une partie du second cycle s’est déroulée au Lycée Kara (la classe de seconde A4).

Après l’admission de mon père à la retraite, nous sommes rentrés à Lomé où mon brillant parcours scolaire a été bloqué par des échecs répétés au Bac 1 (diplôme fantôme que j’ai dû passer 4 fois de 1995 à 1998, … (NDLR : elle soupire), car après tout, j’ai abandonné les classes en 1996 pour me lancer dans le commerce et de petits jobs par endroits, et j’ai passé cet examen deux fois en candidate libre ou non scolaire avant de l’obtenir en 1998).

J’ai repris les classes à la rentrée 98-99, mais le bac ne m’a pas souri la première année. Grâce à Dieu, je l’ai eu en 2000.

Et cette année-là, je m’étais inscrite en faculté des lettres au département d’anglais, mais malheureusement l’année universitaire 2000-2001 a été décrétée année blanche, … (NDLR : elle soupire).

J’ai dû raccrocher avec les études pour me marier en décembre 2001.

 

TOGO SCOOP INFO : Pourquoi avoir choisi ce métier ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Au départ, j’étais monitrice d’enfants à l’école du dimanche AD (NDLR : église de l’Assemblée de Dieu), et, avec cet amour pour les enfants, j’ai décidé enfin de suivre les instructions ou conseils d’un ami de mon père, avec bien sûr l’appui de mon père aussi, pour rentrer dans l’enseignement.

J’ai échoué à mon premier concours en 2003 pour le compte des professeurs d’anglais et, en 2005, c’était pour la même option que j’ai passé le second concours, mais les autorités d’alors nous avaient fait composer pour le compte du primaire.

Donc, en octobre 2005, j’ai commencé ma carrière à l’inspection des enseignements préscolaire et primaire de Zio-Sud, précisément à l’EPP Daviémodji 2.

 

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Au début, ce n’était pas du tout facile puisque je n’avais jamais exercé ce métier auparavant, mais avec le concours des collègues, en deux ans, j’ai pris goût à la chose.

En 2007, j’ai dû faire une demande de rapprochement de conjoint et revenir à Lomé où j’ai servi successivement à l’EPP Avénou de 2007 à 2010, puis à l’EPP Agbalépédogan 1 de 2010 jusqu’en 2021 où j’ai réussi au concours des conseillers pédagogiques.

Ma réussite à ce concours m’a permis de réaliser mon plus grand rêve qui était d’avoir un parcours universitaire, bloqué par tant d’années d’échecs au probatoire.

Pour le compte des conseillers pédagogiques de la cohorte 2021-2023 dont je fais partie, nous avons suivi une formation en sciences de l’éducation à l’INSE (NDLR : L’Institut National des Sciences de l’Education) de l’Université de Lomé, sanctionnée par un diplôme de licence professionnelle.

 

TOGO SCOOP INFO : Quel est votre rôle principal ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Mon rôle principal consiste à accompagner les directeurs d’écoles et les enseignants du préscolaire et du primaire afin d’améliorer la qualité de l’enseignement et de garantir une meilleure préparation des leçons ainsi qu’un meilleur suivi pédagogique. Il s’agit aussi de veiller à la bonne application des programmes scolaires et des démarches méthodologiques adaptées.

-accompagnement des directeurs d’écoles et des instituteurs dans la préparation des leçons au préscolaire et au primaire ;

-connaître les activités au préscolaire et au primaire ;

-maîtriser le programme ;

-maîtriser les canevas et la démarche méthodologique des disciplines enseignées ;

-identifier les documents nécessaires à la préparation et à la mise en œuvre des leçons ;

-concevoir des outils d’évaluation des acquisitions des élèves ;

-rechercher du matériel didactique et pédagogique ;

-préparer des activités de remédiation.

TOGO SCOOP INFO : Quelles sont vos missions au quotidien ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Au quotidien, mes missions consistent à être proche des enseignants, à les encadrer dans leur pratique professionnelle et à contribuer au bon fonctionnement pédagogique des écoles. Mon travail vise surtout à renforcer leurs compétences afin d’assurer un enseignement de qualité aux élèves.

-encadrer les enseignants lors des séances d’animation pédagogique ;

-préparer les enseignants aux examens et concours professionnels ;

-contrôler les documents pédagogiques des professeurs d’école ou enseignants ;

-accompagner l’élaboration et la mise en œuvre des projets d’école et des projets pédagogiques ;

-participer aux jurys des examens scolaires et concours professionnels ;

-participer à l’organisation des activités socioculturelles et sportives.

 

TOGO SCOOP INFO : Comment accompagnez-vous les enseignants ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Comme je l’ai déjà dit, notre place n’est pas dans les bureaux. Bien sûr que nous avons un bureau, mais 4 jours sur 5, nous sommes en visite de classe ou de soutien aux côtés des enseignants ou professeurs d’école pour les suivre dans leurs pratiques afin de les aider dans l’exercice de leur métier.

Nous n’allons pas en gendarmes, mais comme l’indique notre nom, c’est pour conseiller ces derniers à mieux faire. Après chaque visite, à la sortie des classes, nous procédons à l’entretien-conseil avec les enseignants suivis ou non, en présence du directeur, afin que les remarques ou observations faites soient prises en compte pour qu’il y ait des améliorations à l’avenir.

À l’entretien-conseil, les enseignants ou professeurs d’école prennent leurs cahiers de remarques pédagogiques.

 

TOGO SCOOP INFO : Un exemple concret d’appui réussi ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Nous ne suivons pas seulement des enseignants et professeurs d’école, mais aussi des directeurs.

Au primaire, nous sommes des « omnivores », c’est-à-dire que nous faisons toutes les disciplines à savoir les langues et communication, les sciences et technologies, les sciences humaines, l’éducation sportive, musicale, artistique, sociale, contrairement à des collègues des collèges et lycées.

Du coup, ce ne sont pas toutes les disciplines qui sont facilement abordables vu que chacune d’elles exige une démarche appropriée selon la méthode. Beaucoup d’enseignants nous appellent pour nous dire merci suite aux apports constructifs et utiles liés aux visites.

Mais il m’arrive souvent de prendre la craie pour mieux montrer ce qui est censé être fait, pas en journée pédagogique, mais en visite de classe.

J’ai visité un directeur en pratique de classe et après l’entretien-conseil, ce dernier a été humble au point de dire que c’est à travers cette visite qu’il s’est rendu compte qu’il ne maîtrisait pas bien la démarche de l’enseignement de la lecture selon l’approche APC.

Et cela m’a fait plaisir car, en tant que directeur, il pourra désormais agir positivement sur ses adjoints pour relever le niveau de lecture des élèves de l’établissement qu’il dirige.

 

TOGO SCOOP INFO : Quelles difficultés rencontrez-vous dans votre fonction ? Comment y faites-vous face ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : De jour en jour, le personnel d’encadrement est confronté à d’énormes difficultés face aux enseignants ou professeurs d’école qui foulent aux pieds l’éthique et la déontologie du métier d’enseignant.

Que ce soit dans les écoles privées laïques, confessionnelles ou publiques, les problèmes sont presque identiques. Il y a des enseignants qui aiment défier l’autorité de la hiérarchie que représente leur directeur dans la non-préparation des leçons, la non-soumission des préparations au visa, le retard et les absences au poste.

Tout ce que les enseignants font à leurs directeurs est directement fait au corps d’encadrement dans la mesure où nous allons en appui à ces derniers.

Pour faire face à ces difficultés, nous procédons par des conseils et des formations (dans la mesure où certains enseignants ne maîtrisent pas les démarches ou méthodologies des disciplines à enseigner pour mieux faire leur classe).

Il faut aussi ajouter le plus grand problème : c’est que les enseignants du 21ème  siècle ne veulent plus se gêner pour confectionner les fiches comme nous le faisions. La tendance est d’avoir des fiches électroniques qui ne sont pas mauvaises, mais l’idéal serait que ces fiches soient produites par ces derniers, mais hélas.

Ils les achètent sans les lire et pourtant ces dernières font l’objet de leur préparation de classe.

Pire, ces derniers ne lisent pas pour enrichir leur vocabulaire ni ne font de recherches.

Toujours dans ces difficultés, il y a la mauvaise utilisation du portable aux heures de cours. Exemple : la semaine dernière dans une école des Lacs Est, un directeur du préscolaire, au lieu de faire la gymnastique avec ses enfants, s’est mis à fouiller son portable devant ces derniers qui le regardaient passivement, juste parce qu’il ne pouvait pas imaginer qu’un autre personnel d’encadrement allait encore les visiter, car la veille l’inspecteur était dans cette école.

 

TOGO SCOOP INFO : Quels résultats observez-vous chez les enseignants et les élèves ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Lorsque nos conseils sont suivis et mis en pratique, les enseignants ou professeurs sont à l’aise dans leur pratique de classe et cela a une incidence directe et positive sur l’enseignement/apprentissage/évaluation.

Les élèves sont aussi bénéficiaires de l’encadrement que nous faisons aux directeurs d’école ainsi qu’aux enseignants ou professeurs d’école de manière générale.

 

TOGO SCOOP INFO : Que faut-il améliorer dans le système éducatif ?

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Ce qu’il faut améliorer, c’est le recrutement massif d’enseignants afin qu’au moins dans chaque école, on ait 6 enseignants par école, car dans la plupart de nos écoles au primaire, ce sont des classes à cours jumelés qui existent.

Déjà, c’est un problème non seulement pour l’enseignant au niveau des classes à grand effectif, mais aussi pour les élèves qui sont exposés à d’énormes difficultés.

Si on prend le cas du CP où les élèves du CP1 et du CP2 sont dans la même classe, c’est très difficile pour eux car ils suivent les cours de deux niveaux différents dans la même classe, et pire, l’enseignant a du mal à mettre en œuvre l’emploi du temps des cours jumelés.

J’ai été enseignante et cette pratique doit être bannie si on veut promouvoir une éducation de qualité et mettre à l’aise l’enseignant en ce 21e siècle.

 

TOGO SCOOP INFO : Vos recommandations ou message final

SENYEDJI Akouvi N. Odile : Que chacun (gouvernants, personnel d’encadrement, directeurs d’école, enseignants ou professeurs d’école) fasse sa part de ce qui lui revient comme devoir régalien afin que de nos écoles sortent des citoyens épanouis, capables d’ajouter un plus à notre chère patrie, le TOGO.

 

 

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Propos recueillis par Albert Akouété AGBEKO

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