Libre Tribune : Polémique autour du congé de détente, éjaculations infertiles
Visiblement, une certaine catégorie de gens semble effarouchée par la décision gouvernementale de modifier le calendrier scolaire 2026-2027. La suppression du congé de détente de la Toussaint suscite indignation et protestations. Curieusement. Bassement.
Je n’y comprends rien, en fait. J’ai besoin qu’on m’explique comment et pourquoi la suppression d’un SIMPLE congé de détente peut motiver autant de rage sur certains médias. De deux choses l’une : supprimer une semaine de congé peut-il être néfaste aux apprenants et aux enseignants, ou bien les apprenants et les enseignants seraient-ils plus efficaces en restant à la maison pendant une semaine à la fin du mois d’octobre ? Je ne doute pas que ce soit de la pure comédie. Je me garde de faire offense aux grands leaders d’opinion en parlant de tempête dans un verre d’eau. Pendant que je me parle à moi-même, l’égérie me dit que cette tempête pourrait être l’occurrence d’une guerre de clans au sein du pouvoir ; l’égérie me souffle qu’il pourrait s’agir de la manipulation d’un clan qui prendrait très mal qu’on revienne sur ce qu’il aurait si bien fait. « Et Dieu vit que tout cela était bon », n’est-ce pas ?
Mais je n’y comprends rien. Des enseignants témoignent que le congé à problème n’a pas d’impact réel sur leur travail. Certains estiment d’ailleurs que cela leur impose une course contre la montre en fin d’année, surtout dans les établissements où les activités s’arrêtent plus tôt qu’ailleurs à cause du BAC1.
Je n’y comprends rien, donc. Le congé de Toussaint étant une nouveauté dans le calendrier scolaire au Togo, il va de soi qu’il n’est pas possible de dire, au bout de 2 ou 3 années, qu’il est devenu incontournable. Pour moi, c’est une force de frottement, comme disent les physiciens. La France, oui, mais a-t-on besoin de faire comme la France, même si c’est le pays de nos ancêtres les Gaulois ? La France, oui, mais je n’oublie pas que la rentrée a toujours lieu dès la première semaine de septembre et qu’il n’y a pas de BAC1 là-bas. Dès lors, comment peut-on expliquer cette levée de boucliers pour un épiphénomène de cet acabit ?
Je n’y comprends rien, vraiment. Le plus cocasse, c’est la réaction des syndicats de l’enseignement. Ah, les revoici ! Ainsi donc, les syndicats existent toujours ! Où étaient-ils quand leurs collègues ont été radiés pour fait de grève ? Où étaient-ils quand d’autres sont morts ? Que font-ils face aux mille et une attentes de leurs collègues écrasés par le poids du travail qu’ils font pourtant avec bravoure dans des conditions matérielles et financières pénibles ? Quand ont-ils eu l’intelligence de publier un communiqué pour réclamer la réhabilitation des bâtiments du Lycée 2 Février ? Quand et quoi ont-ils écrit pour réclamer la construction de salles de classe afin de sortir de l’enfer des classes en branchages / apatam ?
L’hypothèse de la guerre des clans au sein du pouvoir n’est peut-être pas farfelue. Hier, ils ne disaient plus rien. Aujourd’hui, subitement, ils ont retrouvé leur voix. Je les exhorte à rester dans cette dynamique et à démentir mes insinuations en publiant des communiqués sur l’insécurité chronique qui caractérise l’environnement scolaire dans lequel leurs collègues travaillent dans le Grand-Lomé et ailleurs. S’ils en ont les couilles, excusez la légèreté.
Sans doute pensé-je qu’on reproche à bon droit au gouvernement d’avoir, comme souvent, publié une décision sans en expliquer les motivations. Je doute cependant que cette méprise soit une raison suffisante pour faire autant de bruit. Le Bénin voisin est coutumier du congé de détente de février, depuis des décennies ; l’absence d’un congé en novembre n’est pas à leurs yeux un problème pour l’efficacité du système éducatif.
Je n’y comprends rien. Il va sans dire que les protestataires et les pourfendeurs pourraient avoir un agenda caché. C’est facile à sentir. En vérité, les problèmes de l’école togolaise sont ailleurs, on n’a pas besoin d’incarner Dieu pour le savoir.
Un dernier mot. Cette polémique me rappelle la position raciste et méprisante de Montesquieu sur la race noire. Entre autres justificatifs de l’esclavage, il indiquait que les Blancs avaient raison de mettre les Noirs en esclavage parce que ces derniers faisaient plus de cas d’un collier de verre que d’un collier d’or. Ai-je besoin d’expliquer ? Je veux juste dire que dans cette polémique sur le congé de Toussaint, nous lui avons encore donné raison. En prenant l’ombre pour la proie. En ergotant et radotant sur les choses fertiles pendant que les vrais problèmes sont ailleurs.
Malheureusement…
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Magnim Tambanana
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