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Pénurie récurrente de gaz à Ouagadougou : entre assurances officielles et détresse des ménages

 

 

 

 

Chaque année, aux mêmes périodes, la population de Ouagadougou replonge dans la même épreuve : la pénurie de gaz domestique. Une situation devenue presque banale, mais dont les conséquences sociales et économiques demeurent lourdes. Comment expliquer ce paradoxe alors que la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) affirme ne rencontrer aucune difficulté à approvisionner ses intermédiaires ? Pourquoi, malgré ces assurances répétées, la réalité vécue par les ménages reste celle d’un manque criant ? À défaut de réponses claires, une certitude s’impose pour les citoyens : « Manque de gaz, pas manque de gaz, manque de gaz quand même ».

Le spectacle est désormais tristement familier. Tard dans la nuit, le long des grandes artères de la capitale, des files interminables s’étirent devant les points de vente. Hommes, femmes et enfants, parfois assis sur leurs bouteilles vides, patientent des heures dans l’espoir d’obtenir quelques kilogrammes de gaz. Une situation qui interroge : comment des élèves peuvent-ils être performants après de telles veillées ? Comment des parents, épuisés, peuvent-ils assurer pleinement leurs responsabilités professionnelles ? Le gaz domestique n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale pour les ménages, devenue pourtant une question de chance.

Face à cette réalité, la SONABHY maintient sa position : le gaz est disponible. Un discours qui contraste fortement avec ce que vivent les consommateurs. Interrogé par nos confrères du quotidien Sidwaya, dans son édition du mercredi 14 janvier 2026, le directeur du dépôt SONABHY de Bingo, Jonas Sango, se dit lui-même perplexe. « Cette situation est incompréhensible car, pendant que nous faisons plus de gaz, curieusement, il y a des manques », a-t-il déclaré. Selon lui, la société a pourtant multiplié les efforts, allant jusqu’à augmenter la production et à restreindre les congés du personnel durant cette période sensible.

Le responsable précise par ailleurs que la SONABHY ne livre pas directement le gaz aux consommateurs finaux, mais aux distributeurs et autres intermédiaires. Dès lors, elle ne maîtrise plus les circuits après la sortie des dépôts. « Nous n’avons pas de problème de stockage ni de livraison », insiste-t-il, soulignant que la société a même porté les sorties quotidiennes de gaz de 400 à 600 tonnes, conformément aux recommandations d’un cadre de concertation réunissant marqueteurs, distributeurs, services de contrôle et associations de consommateurs. La dernière rencontre de ce cadre s’est tenue en novembre 2025 à Bobo-Dioulasso.

Malgré ces dispositifs, le gaz demeure introuvable sur le terrain. Une contradiction qui alimente toutes les suspicions : sabotage des efforts de la SONABHY, détournements organisés, circuits parallèles et spéculation à grande échelle. Comment expliquer, sinon, que des quantités censées couvrir la demande disparaissent, tandis que des stocks seraient disponibles dans des dépôts clandestins, revendus à des prix librement fixés ? Plus préoccupant encore, aucun acteur ne semble assumer clairement la responsabilité de cette situation devenue quasi structurelle.

Pour la SONABHY, le constat ne peut plus suffire. En tant qu’entité en relation directe avec les intermédiaires agréés, elle est attendue sur des actions plus fermes pour assainir la chaîne de distribution. Des questions essentielles demeurent : quelles sont les structures effectivement accréditées ? Comment s’opère le suivi des quantités livrées ? Qui contrôle réellement la destination finale du gaz ?

Conscient des dérives possibles, Jonas Sango en appelle à la collaboration de la population, l’invitant à dénoncer toute pratique frauduleuse auprès de la Brigade mobile de contrôle économique et de répression des fraudes (BMCRF). Une démarche nécessaire, mais qui gagnerait à être renforcée par une communication plus large et une sensibilisation accrue des citoyens, notamment sur les circuits officiels et les pratiques illégales.

Car, faute d’information et de contrôle, beaucoup se résignent à acheter le gaz où qu’il se trouve, à n’importe quel prix, alimentant malgré eux un système de spéculation qui prospère sur la détresse collective. Mettre fin à cette spirale exige donc des responsabilités clairement situées, des sanctions effectives et une volonté réelle de protéger les consommateurs. À défaut, la pénurie de gaz continuera de s’imposer comme une fatalité, au détriment d’une population déjà éprouvée par les difficultés du quotidien.

 

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Yaovi AGBEGNIGAN

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