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Prison civile de Lomé : l’émouvant témoignage d’une femme qui refuse de se taire

 

Depuis sa cellule à la prison civile de Lomé, Grace Bikonibiyaté Koumayi brise le silence. Arrêtée à deux reprises cette année, elle raconte les violences qu’elle déclare avoir subies et appelle à une enquête indépendante. Son témoignage relance le débat sur les droits humains au Togo.

NOUS VOUS PROPOSONS L’INTEGRALITE DE SA LETTRE

Sage-femme engagée, femme politique.

Je témoigne, et je me tiens debout pour la vérité.

Je prends aujourd’hui la parole depuis la prison civile de Lomé pour éclairer le Togo et le monde entier sur les événements que je déclare avoir vécus et sur la profonde crise morale que traverse notre nation. Si je parle, c’est parce que le silence serait une trahison envers moi-même, envers les femmes et envers ce pays que nous aimons.

Le 06 juin 2025, dans le cadre des manifestations pacifiques pour réclamer un Togo juste, vivable et vivant pour tous, j’ai été arrêtée de manière brutale en pleine ville de Lomé. Conduite dans un lieu de détention (Brigade de Recherche et d’Investigation), j’ai été, selon mes déclarations, victime de violences, de torture et de viol.

Ce jour-là, lorsque la délégation de la CNDH est arrivée, accompagnée des responsables du lieu de détention, je leur ai signalé mes douleurs, notamment au niveau du vagin. Cela n’a suscité aucun secours, aucune humanité.

Malgré les menaces, quelques semaines après ma libération, j’ai décidé de témoigner publiquement. Mes vidéos étaient celles d’une femme blessée dans sa chair mais déterminée à faire entendre la vérité.

Puis, le 03 octobre 2025, des agents du SCRIC, armés, sont venus m’arrêter devant mon domicile. Ce jour-là, mon enfant de 3 ans, qui ne voulait qu’embrasser sa mère, a été brutalisé par le chef de bord nommé Sidi Assoh.

Lire aussi : Togo : De lourdes charges retenues contre Grace Koumayi Bikoyi

Durant les 03, 04, 05 et 06 octobre, j’ai été détenue dans des conditions que je décris comme violentes et inhumaines avant d’être déférée et placée sous mandat de dépôt.

Depuis ma cellule, j’ai découvert avec stupeur sur la Télévision Togolaise (TVT), au journal de 20h, un communiqué officiel affirmant que je n’ai subi ni torture ni viol.

Je veux dire clairement : je maintiens l’intégralité de mes déclarations.

Aux autorités qui souhaitent des preuves : je suis ici, à la prison civile de Lomé. Que ceux qui veulent voir mes blessures viennent.

@grace_koumayi

♬ son original – Grâce Bikoni KOUMAYI

À la cheffe d’escadron Mazalo AGBA, qui a porté ce message de dénégation, je pose une simple question : « Comment une femme peut-elle trouver le courage de nier la douleur d’une autre femme ? »

Où place-t-on son âme lorsqu’on détourne le regard devant la souffrance humaine ?

J’appelle la CNDH à assumer pleinement, cette fois-ci, son mandat, sans calcul, sans crainte, sans compromis. Le rôle d’une institution nationale des droits humains n’est pas de protéger le confort des puissants mais de défendre la vérité, même lorsque celle-ci dérange.

J’en appelle également aux organisations nationales et internationales de défense des droits humains : que la lumière soit faite, que la vérité — toute la vérité — soit dite. Alors, je sollicite votre attention immédiate et votre vigilance. Je demande formellement :

-L’ouverture d’une enquête indépendante, impartiale et exhaustive sur les violences que je déclare avoir subies ;

-La garantie de ma sécurité physique, juridique et psychologique dans ma situation actuelle en prison et durant mon 16ᵉ jour de grève de la faim ;

-La protection de ma famille, en particulier de mes enfants mineurs ;

-Le suivi rigoureux des institutions togolaises afin qu’elles exercent leur mandat conformément aux normes internationales.

À mon peuple : je ne renonce pas.

Togolaises, Togolais, j’ai vécu, selon mes déclarations, des choses qui auraient pu briser n’importe quel être humain, mais je tiens debout, je me tiens droite, je me tiens vivante.

Je fais cette déclaration non par esprit de confrontation, mais par nécessité vitale, par exigence de vérité et par sens du devoir citoyen.

Je suis sage-femme d’État : j’ai juré de protéger la vie.

Je suis femme politique : j’ai choisi de défendre la dignité.

Je suis Togolaise : je crois en un avenir où les institutions serviront réellement les citoyens. Je continue de croire qu’une lumière internationale peut dissuader les abus, révéler la vérité et protéger les victimes.

Je vous assure que je me tiens debout, je me tiens droite, je me tiens vivante. Parce que je suis en mission — pas une mission politique : une mission spirituelle, citoyenne, humaine.

Ah oui, la mission d’éveiller les consciences, de briser les silences, de rappeler que la dignité n’est pas négociable.

Je le dis avec conviction : on peut priver un corps de liberté, mais on ne peut pas arrêter une âme éveillée.

Le Togo de demain, pas sans nous.

Togolais, viens, bâtissons la cité.

 

Grace Bikonibiyaté KOUMAYI

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