La publication, le 31 mars 2026, d’une note de service de l’Agence nationale de la sécurité alimentaire du Togo (ANSAT) fixant les prix d’achat des produits vivriers relance une controverse persistante : celle du cumul des fonctions du colonel Ouro-Koura Agadazi.
Nommé ambassadeur du Togo en France, l’ancien ministre de l’Agriculture continue pourtant d’apparaître comme le directeur général opérationnel de l’ANSAT. Une situation qui interroge sur la cohérence de l’action publique et la transparence dans la gestion des institutions.
Une présence entre deux continents
Être ambassadeur implique une présence effective dans le pays d’accréditation, en l’occurrence la France, avec des responsabilités diplomatiques lourdes : représentation officielle, coopération bilatérale, suivi des relations économiques.
Dans le même temps, la direction de l’ANSAT exige une implication quotidienne sur le terrain togolais, notamment dans un contexte de tension sur les marchés agricoles et de quête de souveraineté alimentaire.
La récente fixation des prix planchers — 150 FCFA/kg pour le maïs, 140 FCFA/kg pour le riz paddy —, issue d’un atelier tenu à Atakpamé, illustre une gestion active difficilement conciliable avec une fonction diplomatique à l’étranger.
Un cumul qui interroge la légalité et l’éthique
Si le cumul de fonctions publiques existe dans certains systèmes, il reste généralement encadré. Dans ce cas précis, l’absence de clarification officielle sur une éventuelle délégation de pouvoir ou sur la nomination d’un intérimaire à l’ANSAT alimente les interrogations.
S’agit-il d’un cumul assumé ou d’un flou administratif entretenu ?
Certains observateurs rappellent que le colonel Agadazi avait déjà cumulé le portefeuille de l’Agriculture avec la direction de l’ANSAT par le passé, une pratique qui semble s’inscrire dans la durée.
Un passif politique qui ressurgit
Au-delà de la question administrative, des voix critiques relient cette situation à des considérations politiques. Le nom du colonel Agadazi reste associé aux événements de Sokodé en 2017, lors des manifestations du Parti national panafricain (PNP).
Sa nomination comme ambassadeur avait déjà suscité des réserves, notamment de la part d’organisations de défense des droits humains, qui avaient tenté, sans succès, d’empêcher son accréditation en France.
Aujourd’hui, sa présence persistante à la tête de l’ANSAT est perçue par certains comme une forme de continuité du pouvoir, voire une démonstration d’autorité.
Quel message pour la jeunesse togolaise ?
Cette situation envoie un signal ambigu, notamment à la jeunesse. Alors que les autorités affichent leur volonté de placer les jeunes au cœur des politiques publiques, la réalité semble marquée par une concentration des responsabilités entre les mêmes profils.
Pendant que certains jeunes peinent à trouver des opportunités, les postes stratégiques semblent fonctionner comme un jeu de chaises musicales réservé à une élite restreinte.
À l’heure où le Togo ambitionne de moderniser son administration et d’améliorer sa gouvernance, ce cumul de fonctions apparaît en décalage avec les exigences de transparence, de redevabilité et de séparation des pouvoirs.
Une clarification devenue indispensable
Face à la polémique, une clarification officielle s’impose. Le gouvernement gagnerait à préciser le statut exact du colonel Agadazi à l’ANSAT : maintien, intérim ou transition en cours.
En l’absence de réponse claire, cette affaire risque de continuer à alimenter le débat public et à fragiliser la confiance dans les institutions.
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Francine DZIDULA
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