Togo : les femmes commerçantes formées à leurs droits dans quatre grands marchés de Lomé
Réunies depuis ce mardi 25 août 2026 à l’hôtel Alcor d’Agbalépédo, des femmes commerçantes des marchés d’Abattoir, Agbadahonou, Agoè-Assiyéyé et Hédzranawoè prennent part à un atelier de trois jours consacré au lancement du projet « Commerçantes épanouies dans nos marchés ». Portée par l’Association togolaise Femmes et Sida (ATFS), avec l’appui financier de la coopération allemande à travers la GIZ, l’initiative entend rapprocher l’information juridique des femmes et renforcer leur capacité à protéger leurs droits, leur patrimoine et leur famille.
L’autonomisation des femmes ne saurait se limiter à leur capacité à générer des revenus. Elle passe également par la connaissance de leurs droits et des mécanismes permettant de les faire respecter. C’est tout l’enjeu du projet « Commerçantes épanouies dans nos marchés », officiellement lancé ce mardi à Lomé.
Pendant trois jours, les participantes seront sensibilisées notamment sur le droit de la famille, l’état civil, le mariage, le divorce, la succession et les mécanismes de règlement amiable des conflits.

De l’autonomie économique à l’autonomie juridique
Prenant la parole au nom du ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, la représentante du département ministériel a insisté sur les risques auxquels peuvent être exposées les femmes qui connaissent insuffisamment leurs droits.
« Une femme qui connaît insuffisamment ses droits peut être davantage exposée à des difficultés », notamment en matière de conflits familiaux, de pertes patrimoniales, de mariage, de divorce, de succession, d’état civil ou de protection des enfants, a-t-elle souligné.
Ces difficultés peuvent, à leur tour, fragiliser la stabilité familiale, l’autonomie économique et la pérennité des activités commerciales.
D’où une interrogation centrale : « À quoi sert l’autonomisation économique d’une femme si, dans le même temps, elle ne dispose pas des informations nécessaires pour protéger ses droits et ceux de sa famille ? »

Pour le ministère, l’autonomisation doit donc être multidimensionnelle. Une femme véritablement autonome doit pouvoir entreprendre, mais aussi connaître ses droits, comprendre ses responsabilités, accéder à une information fiable et savoir vers quels services se tourner lorsqu’elle rencontre une difficulté.
L’ATFS mise sur les parajuristes
Pour la directrice exécutive de l’ATFS, Koura Napo Awouissi, le projet est le prolongement d’un travail engagé depuis 2022 auprès des femmes commerçantes.
L’association les a notamment accompagnées sur des questions liées au leadership, à la gestion de leurs activités, à la trésorerie, à la gouvernance et au développement économique. Mais les expériences de terrain ont également révélé une autre vulnérabilité : certaines femmes, malgré leur capacité à gérer leurs activités et à soutenir leurs familles, restent démunies face à des situations nécessitant des connaissances juridiques.
« Comment demander à une femme de défendre ses droits si elle ne les connaît pas ? », s’est-elle interrogée.
L’ATFS entend donc faire du droit un outil de proximité, directement accessible dans les marchés. Le dispositif repose notamment sur la formation de parajuristes, appelées également « juristes aux pieds nus ».

Un dispositif de proximité dans quatre marchés
Le consultant du projet, Komlan Ekué Cyrille, directeur du cabinet Ezo Stratégies Int., explique que l’objectif est de rendre les notions juridiques compréhensibles et directement utilisables dans les situations quotidiennes.
Les parajuristes seront notamment formées sur le droit de la famille, l’état civil, le mariage, le divorce, la succession, l’organisation judiciaire et les techniques de médiation.
Elles disposeront également de supports audio et de livrets pour mener leurs activités de sensibilisation dans les marchés. Pour les cas complexes, elles pourront bénéficier de l’appui de juristes en « back office ».
Le consultant précise toutefois que les parajuristes ne remplacent ni les avocats, ni les magistrats, ni les autres professionnels du droit. Leur rôle consiste essentiellement à fournir une première information, faciliter l’écoute et orienter les personnes vers les services appropriés.
La formation sera dispensée en français simplifié et dans les langues locales afin de favoriser une meilleure appropriation des notions juridiques.
La phase pilote concerne quatre marchés du Grand Lomé : Abattoir, Agbadahonou, Agoè-Assiyéyé et Hédzranawoè.
L’EPAM et la commune d’Agoè-Nyivé 1 saluent l’initiative
La directrice générale de l’EPAM, Somialo Potcholi-Kadja, a salué une initiative qui, selon elle, répond à un besoin réel des femmes commerçantes.
Elle rappelle que les femmes constituent des actrices majeures de l’économie de proximité et estime que leur épanouissement contribue directement à la vitalité des marchés.
L’EPAM, qui accompagne depuis plusieurs années les initiatives en faveur des commerçantes, a réaffirmé sa disponibilité à soutenir le dispositif de sensibilisation.
De son côté, la 2ème adjointe au maire de la commune d’Agoè-Nyivé 1, Kpetigo Elavagnon, a souligné l’importance de renforcer les connaissances des femmes sur leurs droits afin de leur permettre de mieux faire face aux difficultés familiales et professionnelles.
La commune entend poursuivre son accompagnement des initiatives destinées à améliorer les conditions de vie et de travail des femmes et à renforcer leur autonomie.
« Une femme informée peut à son tour informer une autre femme »
Au-delà de la formation des parajuristes, l’ATFS veut installer un mécanisme durable d’information juridique au sein des marchés.
L’ambition est que les bénéficiaires puissent, à terme, dire : « Je connais mieux mes droits. Je sais quoi faire face à la situation qui me concerne. Je sais où demander de l’aide et je sais que je ne suis pas seule. »
Le projet prévoit également de documenter les expériences de terrain afin de mieux identifier les besoins des commerçantes et d’améliorer progressivement les interventions.
À terme, l’ATFS souhaite capitaliser l’expérience des quatre marchés pilotes et engager des discussions avec les autorités compétentes en vue d’une extension du dispositif à d’autres marchés du Togo.
Pour les responsables du projet, l’objectif est finalement simple : faire des marchés non seulement des espaces de commerce et de création de revenus, mais aussi des lieux où les femmes peuvent connaître leurs droits, se protéger, prévenir les conflits et s’épanouir pleinement.
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Albert Akouété AGBEKO
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