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Chimène Kamaké, la femme qui brise les préjugés au volant

Mécanicienne et chauffeure à Plan International Togo depuis 2016, Chimène Kamaké raconte son parcours atypique, les défis qu’elle a surmontés dans un métier traditionnellement masculin et son engagement pour inspirer les jeunes filles à croire en leurs rêves. À travers son témoignage, elle montre que la détermination et la compétence priment sur les stéréotypes.

TOGO SCOOP : Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Chimène KAMAKE : Je m’appelle Chimène KAMAKE, je suis mécanicienne chauffeur à Plan International Togo.

 

TOGO SCOOP : Quel est votre parcours avant de devenir chauffeure à Plan International Togo ?

Chimène KAMAKE : J’ai enseigné la mécanique, la théorie et la pratique de 2007 à 2011, à CFTP dans la préfecture d’Amou, à Sodo précisément. De 2012 à 2015, j’ai enseigné à CRETFP à Kpalimé, le centre dans lequel j’ai été formée, avant de quitter l’enseignement pour Plan International Togo.

 

TOGO SCOOP : Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir le métier de chauffeur ?

Chimène KAMAKE : Je mourais d’envie de découvrir ce qui se passe dans un véhicule pour que le véhicule marche bien, pour que le véhicule roule et quelqu’un s’assoit au volant. Et autre chose, j’ai vu un véhicule qui ne répond plus, le véhicule ne peut pas rouler parce qu’il y a une panne. Je voyais des hommes habillés en bleu qui ouvraient le capot. Avant, je ne savais même pas que c’est comme ça qu’on l’appelait. Je les observais manipuler les différentes pièces du moteur, intervenir avec précision, et à un moment, le véhicule a été remis en marche. Donc tout ça a ravivé ma curiosité pour que toute mon attention soit déviée vers ce métier et je me suis dit que j’allais apprendre ce métier. J’ai été guidé par mes frères et mes parents. C’est vrai que ma maman n’était pas d’accord au début, mais j’ai forcé pour que ma famille m’aide à apprendre ce métier.

Chimène Kamaké, mécanicienne et chauffeure/ crédit photo: Plan international

 

TOGO SCOOP : Depuis quand travaillez-vous au sein de Plan International Togo ?

Chimène KAMAKE : J’ai commencé à travailler à Plan International Togo depuis 2016 donc ça fait 10 ans.

 

TOGO SCOOP :  Comment se déroule une journée type de travail pour vous ?

Chimène KAMAKE : Il faut dire que, chaque jour, je dois contrôler mon véhicule, je dois m’assurer que le véhicule est à jour, s’il peut répondre aux activités de la journée. Je dois ouvrir le capot, vérifier les niveaux d’huile, les pneumatiques, démarrer le véhicule, mettre le véhicule à une position de départ, parce qu’à tout moment, je dois bouger. Une fois tout ceci fait, je dois me mettre aussi en tenue de travail, le code vestimentaire obligatoire. Et juste après ça, je vais me diriger vers mon supérieur ou vers ma superviseure pour m’approprier des mouvements qui sont prévus pour la journée.

 

TOGO SCOOP : Avez-vous rencontré des difficultés particulières en tant que femme dans ce métier ?

Chimène KAMAKE : Bien sûr que oui, les difficultés, j’en rencontre tous les jours. Au début, ça n’a pas été facile et les regards te disent beaucoup de choses. Tu lis un manque de confiance dans les yeux des gens et les gens se méfient, les gens même me disent « est-ce qu’une femme peut conduire et arriver à destination sans faute ? ». Et on se demande jusqu’où elle peut conduire, est-ce qu’elle ne serait pas fatiguée ? est-ce qu’elle peut tenir la route ? elle peut respecter les codes de la route ? … Les gens se retiennent de monter à bord de mon véhicule parce qu’ils ont peur que je fasse un accident avec eux et ils ont même dit qu’ils ne peuvent pas dormir dans mon véhicule parce qu’ils ne seraient pas à l’aise, ils ne savent pas à quel moment je vais tomber ou bien un accident peut survenir.

 

TOGO SCOOP :  Comment vos collègues, les partenaires et les participants au programme perçoivent-ils votre rôle ?

Chimène KAMAKE : Ils me perçoivent bien, car je suis une femme au volant, et j’avoue que je ne passe pas inaperçu, mais par contre, il y a d’autre qui se méfient. Une fois au volant, je remarque qu’il y a des conducteurs, même au feu rouge, ils oublient que le feu est allumé, ils me regardent, ils regardent le véhicule, les gens me posent la question, descends la vitre, dis-nous comment ça se fait. Waouh, félicitations, une femme au volant. Waouh, et ils me demandent, c’est toi qui conduis cette grosse voiture ? C’est des admirations. Il y a même des filles, des hommes qui me disent, je veux que ma fille soit comme toi, donne-moi ton contact, je veux devenir comme toi, et ça me donne vraiment de la chaleur au cœur. Par contre, il y a d’autre personnes qui se méfient. Une femme, est-ce que toi, quand tu seras tombée enceinte, par exemple, est-ce que tu pourras continuer le travail ? Un jour, tu vas t’arrêter à quelque part, tu ne pourras pas continuer.

Chimène Kamaké, mécanicienne et chauffeure/ crédit photo: Plan international

 

TOGO SCOOP : Avez-vous déjà fait face à des préjugés ou stéréotypes ? Comment les avez-vous surmontés ?

Chimène KAMAKE : Oui, j’ai eu des préjugés. Les gens me demandent jusqu’à où je peux conduire ? Est-ce que je peux rouler pour aller jusqu’au Nord à Dapaong ?  Je dis oui et ils disent que c’est faux. Et que je ne peux pas rouler jusqu’à là-bas. Et je leur ai dit que : Je ne roule pas avec mon sexe, je roule avec mes mains, ma tête, ma force, ma détermination. Tout ça me redonne plus de force pour prouver à ma communauté qu’il n’y a rien de génie dans ce que je fais. Il suffit de s’y mettre. Au début, ça m’a attristée et j’ai été longtemps choquée. Mais après, j’avais la chance d’avoir des gens autour de moi qui m’encourageaient, qui me faisaient comprendre qu’il fallait plutôt ramasser tout ça pour en faire une force. Aujourd’hui, je peux dire que je suis très relaxe, je souris quand j’entends encore ce genre de mauvais préjugés.

 

TOGO SCOOP :  Comment Plan International Togo soutient-il les femmes employées dans des métiers traditionnellement masculins ?

Chimène KAMAKE : Lorsque je suis arrivée à Plan Togo, les politiques de Plan Togo sont là et ce sont des politiques qui me protègent surtout sur les points et les questions du genre. Et je me suis sentie très protégée, très à l’aise et tout cela a contribué à ce que je m’en sorte la tête haute.

 

TOGO SCOOP :  Vous sentez-vous respectée et valorisée dans votre travail ?

Chimène KAMAKE : Évidemment que oui, à Plan International Togo, je me sens protégé, je me sens valorisé, je me sens respecté dans mon métier de chauffeur mécanicien depuis.

 

TOGO SCOOP :  Avez-vous bénéficié de formations ou d’opportunités de renforcement de capacités ?

Chimène KAMAKE : Oui, j’ai bénéficié des formations de renforcement des capacités, notamment pour la conduite défensive que nous avons faite au Bénin il y a deux ans de cela. Nous avons fait deux ou trois formations ici au Togo à l’intérieur du pays aussi pour vraiment nous aider à être à jour pour être plus efficace dans notre travail. Sinon les formations j’en ai bénéficié.

 

TOGO SCOOP : Dans votre domaine d’activité, quels progrès avez-vous observés ces dernières années en matière d’égalité des chances entre femmes et hommes ?

Chimène KAMAKE : Dans ces dernières années, j’ai observé que quand il y a les appels à candidature, on mentionne et c’est bien mis en caractère que la candidature féminine est vivement souhaitée. Donc ça, ça nous rassure.

Du coup, il y a plus de chances pour la femme de remporter le poste.

 

TOGO SCOOP :  Quels défis restent encore à relever, notamment dans le monde du travail ?

Chimène KAMAKE : Oui, les défis, je dirais, le plus important, c’est d’aider à amener les femmes à avoir plus de confiance en elles et à faire confiance en ce qu’elles font comme travail. Elles ne le font pas parce qu’elles sont femmes, mais elles le font parce qu’elles ont une compétence, elles ont quelque chose à donner.

 

TOGO SCOOP :  Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles et femmes qui hésitent à exercer des métiers dits « masculins » ?

Chimène KAMAKE : Je dirais aux filles d’aujourd’hui, si une fille est attirée par un métier appelé métier d’homme, il ne faut pas hésiter et il faudrait qu’elle mette le focus sur ce qu’elle a choisi et sur son rêve et juste s’écouter pour que les préjugés ne viennent pas la reculer, la dévier.

 

TOGO SCOOP : Quels sont vos rêves ou ambitions pour l’avenir, sur le plan professionnel et personnel ?

Chimène KAMAKE : Je me vois en tant que disciple, en tant que présidente ou bien initiatrice d’associations qui encouragent les filles ou les jeunes femmes dans les métiers, à choisir les métiers qui leur tiennent à cœur de par le monde entier.

 

TOGO SCOOP :  Un mot de fin pour les femmes et les partenaires de Plan International Togo à l’occasion de cette journée spéciale ?

Chimène KAMAKE : Je remercie vraiment Plan International Togo, mes superviseurs, tous mes collaborateurs, mes collègues chauffeurs, et je précise que je suis l’unique femme parmi 22 hommes chauffeurs, pour l’effort pour m’avoir soutenu depuis que je suis à Plan International Togo, à me propulser vers l’avant. Et j’ajouterai que chaque fille qui m’écoute, aucun métier n’a de sexe.

 

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de togoscoop.tg, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

 

Propos recueillis par Albert Akouété AGBEKO

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