En début d’année, la première visite de la présidente de l’Université de Kara, la professeure Prénam Houzou-Mouzou, sur les chantiers du campus Sud avait déclenché une vive polémique. Les services de l’institution avaient alors publié des images d’un amphithéâtre dont l’apparence a rapidement choqué l’opinion.
Le bâtiment, à l’architecture élémentaire, ressemblait davantage à une simple salle de classe agrandie qu’à une infrastructure universitaire moderne du 21e siècle. Façade austère, environnement peu aménagé, sol en terre battue : l’image a suscité moqueries, critiques acerbes et indignation sur les réseaux sociaux, aussi bien au Togo qu’à l’étranger.
Pour beaucoup, cette publication illustrait tristement le retard structurel de l’enseignement supérieur togolais.
Quelques semaines plus tard, le programme officiel des festivités du 27 avril annonçait une inauguration à l’Université de Kara. L’espoir renaissait. Une belle occasion pour le Togo de prendre sa revanche sur ceux qui se sont moqués de son amphithéâtre. D’autant plus que le PC, Faure Gnassingbé himself, devait présider la cérémonie dans sa région d’origine, la Kara.
Mais la réalité fut tout autre.
Ce n’est pas une nouvelle université qui a été inaugurée, mais simplement un amphithéâtre supplémentaire sur le campus Sud. Certes, cette fois-ci, l’ouvrage présente une architecture plus moderne, un design plus soigné, une meilleure capacité d’accueil et un environnement mieux aménagé. L’image est plus valorisante.
Mais au fond, la vraie question demeure : combien de temps faudra-t-il encore pour achever véritablement l’Université de Kara ?
Créée par décret n°99-011/PR du 21 janvier 1999 sous le président Gnassingbé Eyadema, l’Université de Kara a officiellement accueilli ses premiers étudiants le 23 janvier 2004. Plus de vingt ans plus tard, l’institution reste en chantier.
Deux décennies après son lancement, continuer à inaugurer des amphithéâtres comme s’il s’agissait de nouvelles universités pose un sérieux problème de gouvernance et de vision. En plus de vingt ans de pouvoir, Faure Gnassingbé n’a pas réussi à achever l’œuvre initiée par son père pour entamer pour lui-même.
Cette situation traduit moins une lenteur administrative qu’un véritable échec du système.
Pendant que le Togo peine à finaliser une université, d’autres pays africains avancent à un rythme bien plus ambitieux. Au Sénégal, par exemple, deux nouvelles universités devraient être livrées d’ici la fin de cette année, alors que leurs travaux ont débuté en 2022, soit en seulement quatre ans.
Le contraste est saisissant.
En vingt ans, le Togo n’a toujours pas terminé la construction complète de son université de Kara. Ce constat soulève une interrogation légitime : la jeunesse togolaise mérite-t-elle seulement des inaugurations symboliques, ou enfin une véritable politique universitaire à la hauteur de ses ambitions ?
Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de togoscoop.tg, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.
Francine DZIDULA
E-Mail: togoscoop@gmail.com
Tél : (00228) 90 96 63 64/ 99 56 57 88 : Pour vos reportages, annonces et publicité, contacter le service commercial de votre site Togoscoop.



