C’est un secret de Polichinelle : Lomé affectionne particulièrement les sommets et les grandes rencontres internationales. Même si les infrastructures d’accueil peinent encore à suivre cette ambition de faire de la capitale togolaise le carrefour des grands rendez-vous diplomatiques et économiques, la ville continue de multiplier les événements internationaux, essentiellement concentrés dans son principal hôtel de standing, Hôtel 2 Février, adapté à ce type de rencontres.
À peine la troisième édition de Biashara Africa 2026 achevée à Lomé que la capitale togolaise se préparait déjà à accueillir une nouvelle rencontre d’envergure. Il s’agissait des festivités marquant le cinquantenaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), prévues courant mai dans la capitale togolaise. Finalement, cette rencontre n’aura pas lieu, du moins pour l’instant.
Selon nos confrères d’Africa Intelligence, l’événement ne se tiendra pas au cours de ce mois de mai. Initialement envisagée pour le dernier trimestre 2025, cette célébration avait déjà été reportée à plusieurs reprises.
Malgré la volonté affichée par l’organisation régionale de maintenir ces festivités, plusieurs chefs d’État ouest-africains se montrent particulièrement sceptiques quant à la tenue d’un sommet d’une telle ampleur dans le contexte régional actuel. En coulisses, certaines capitales jugeraient même préférable que l’événement soit différé davantage.
Cette rencontre devait pourtant constituer le point d’orgue des célébrations du cinquantenaire de la CEDEAO, dont les premières manifestations ont été lancées il y a un peu moins d’un an.
Dès son annonce, le projet de sommet a suscité d’intenses débats internes. L’organisation régionale traverse en effet la plus grave crise de son histoire, marquée par les retraits successifs du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces départs ont considérablement fragilisé l’institution et alimenté une contestation inédite de son leadership régional. Outre les relations désormais rompues avec les pays de l’AES, plusieurs tensions persistent également entre certains États membres de la CEDEAO.
Deux ans après la réforme constitutionnelle qui l’a fait passer du statut de président de la République à celui de président du Conseil (Premier ministre), Faure Gnassingbé, dont l’autorité reste contestée sur le plan interne en raison de cette transition opérée sans consultation populaire, comptait visiblement sur cette rencontre pour redorer son image sur la scène internationale. Il devra finalement prendre son mal en patience, en attendant la fixation d’une nouvelle date pour ce sommet hautement symbolique.
Au-delà d’un simple report logistique, ce nouveau revers illustre surtout le malaise profond qui secoue aujourd’hui la CEDEAO, minée par les divisions internes et la perte progressive de son influence régionale. Pour Lomé et Faure Gnassingbé, qui espéraient faire de ce sommet une vitrine diplomatique majeure, le rendez-vous manqué prend désormais des allures de désaveu politique dans un contexte régional de plus en plus incertain.
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Francine DZIDULA
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