Take a fresh look at your lifestyle.
Mixx by Yas

Affaire Steeve Rouyar : une libération qui interroge le discours togolais envers la diaspora

Après avoir passé plus de 208 jours de détention dans l’enceinte du Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC), le Guadeloupéen Steeve Rouyar a été libéré le jeudi 1er janvier 2026, a appris TOGO SCOOP de sources proches de la famille.

 

Une arrestation sur fond de contestation politique

Expert-comptable de profession, Steeve Rouyar avait été arrêté en juin 2025 à Lomé, en marge des violentes manifestations contre le régime de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis plus de 20 ans, et qui venait de modifier la Constitution pour s’éterniser à la tête de l’État. À l’appel du Mouvement du 6 juin (M66), plusieurs jeunes Togolais étaient descendus dans les rues de Lomé pour protester contre l’arrestation de voix critiques, dont l’artiste Aamron, la hausse du prix de l’électricité et surtout contre l’adoption de la nouvelle Constitution.

 

Une libération par mesure de grâce présidentielle

Steeve Rouyar a été libéré à la suite d’une mesure de grâce et de clémence annoncée devant le Congrès par le président du Conseil, Faure Gnassingbé, puis entérinée en Conseil des ministres le 30 décembre 2025. Le Guadeloupéen figurait parmi les 1 511 personnes bénéficiaires de cette mesure.

Accusé d’« atteinte à la sûreté de l’État », le natif d’Anse-Bertrand, aux Antilles françaises, encourait jusqu’à 20 ans de prison.

 

Un message ambigu à l’endroit de la diaspora africaine

L’arrestation à Lomé de Steeve Rouyar, un Afrodescendant, apparaît comme un pied de nez de la diplomatie togolaise envers la diaspora africaine, au moment même où les autorités multiplient les sommets et discours à destination de cette diaspora.

Sur le même sujet : Diplomatie française sous pression : le cas Steeve Rouyar, Français détenu au Togo depuis près de trois mois

Sa libération est un immense soulagement pour sa famille, notamment pour son père, Dominique Rouyar, mais aussi pour Mme Vivika Sekhmet, fervente activiste mobilisée pour sa libération. Contactée par TOGO SCOOP depuis la Guadeloupe, cette dernière n’a pas caché sa joie.

 

Vivika Sekhmet : « Quand un frère noir a besoin de soutien, il faut répondre présent »

« Je suis très contente qu’il soit libéré. Je me suis battue pour quelqu’un que je ne connaissais pas, donc j’espère le rencontrer à son retour sur l’île. Son père tiendra une réunion publique le 15 janvier (NDLR : 15 janvier 2026), et j’y serai. Connaître ou pas, quand un frère noir a besoin de soutien dans une lutte que l’on juge légitime, il faut répondre présent », a confié Mme Sekhmet, cette guadeloupéenne qui a été 2024 au Bénin pour s’initier à la religion de ses ancêtres.

Pour elle, le cas de Steeve Rouyar constitue un mauvais signal envoyé aux Afrodescendants désireux de regagner l’Afrique.

Sur le même sujet : Togo – La demande de liberté provisoire du français Steeve Rouyar rejetée par la Cour d’appel de Lomé 

Avec plus de 20 ans d’expérience dans l’expertise-comptable et un portefeuille de près de 500 clients, Steeve Rouyar avait tout pour réussir professionnellement sur l’ile. Mais il avait fait le choix de mettre ses compétences au service de l’Afrique. Un choix qui s’est soldé par un profond désenchantement.

« Il va pouvoir rebondir et relancer son activité. Mais s’il souhaite mettre son expérience au service de la terre de ses ancêtres, je pense que la meilleure option est de se rendre dans un pays non soumis à la France ou aux puissances occidentales. Il n’y en a que trois en Afrique aujourd’hui : le Mali, le Burkina Faso et le Niger », estime la Guadeloupéenne.

« Quitter son île pour aller dans un pays toujours sous domination française, je ne vois pas le changement. J’espère que cette expérience lui servira. Des Noirs font du mal à d’autres Noirs pour un petit confort personnel, tout en étant couverts par la France ou les États-Unis. Nous, Noirs, sommes un peuple fort et vaillant. Nous n’avons besoin d’aucune communauté pour vivre. Nous savons tout faire, mais trop des nôtres acceptent encore d’être ostracisés », poursuit-elle, sur un ton amer.

Toutefois, Vivika Sekhmet garde espoir en une Afrique libérée du néocolonialisme. « Nous devons libérer cette terre. Pas pour nous, car nous avons déjà parcouru une grande partie de notre vie sous domination, mais pour l’honneur de nos ancêtres et le respect de nos enfants à venir. Nous avons le devoir de leur ouvrir la voie et de leur laisser un continent libre de toute domination occidentale et arabe. »

 

Entre soulagement, désillusion et espoir africain

La libération de Steeve Rouyar referme un chapitre douloureux, mais ouvre un débat plus large : celui de l’accueil réel réservé aux Afrodescendants sur une terre africaine qui se veut pourtant la leur.

 

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de togoscoop.tg, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

Albert Akouété AGBEKO

E-Mail: togoscoop@gmail.com

Tél : (00228) 90 96 63 64/ 99 56 57 88 : Pour vos reportages, annonces et publicité, contacter le service commercial de votre site Togoscoop.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

9 + 1 =
Powered by MathCaptcha

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy