Mesure de clémence au Togo : 75 prisonniers politiques libérés, des dizaines toujours détenus
Le gouvernement togolais a procédé à la libération de plusieurs prisonniers politiques dans le cadre d’une mesure de grâce annoncée par le président du Conseil, Faure Gnassingbé. Cette décision fait suite au discours sur l’état de la nation prononcé le 3 décembre 2025, puis entérinée par un décret adopté en Conseil des ministres le 30 décembre 2025.
Au total, 1 511 détenus sont concernés par cette mesure de clémence. Parmi eux figurent plusieurs dizaines de prisonniers politiques, longtemps au cœur des dénonciations des organisations de défense des droits humains, tant au niveau national qu’international.
Des figures connues de l’opposition et de la société civile libérées
Selon les informations disponibles, les bénéficiaires de cette mesure incluent des acteurs politiques, syndicaux, étudiants et militants de la société civile. Parmi les noms cités figurent notamment :
- Abel Yawo Atitso, secrétaire général du syndicat estudiantin
- Abdoul Zoulkaneini Lamboni
- Julien Komandéga Kataka
- Foli Satchivi, du mouvement En aucun cas
- Abdoul Aziz Goma
- Honoré Sitsofé alias Affectio, poète
- Fadel Ouattara, artiste engagé
- Grâce Koumayi, sage-femme et activiste politique
- Amavi Katanga
- Chimène Apevon
- Leyla Nambea et Théodora Dougbedji
- Razak Abévi, Armand Agblèzè et Oséi Agbagno, entre autres.
Ces libérations ont été accueillies avec soulagement par les familles, les proches et plusieurs organisations citoyennes, qui y voient un pas, certes limité, vers l’apaisement du climat sociopolitique.
75 prisonniers politiques libérés selon l’ASVITTO
D’après les décomptes de l’Association des victimes de torture au Togo (ASVITTO), 75 prisonniers politiques ont effectivement bénéficié de cette mesure de grâce présidentielle. Toutefois, l’organisation précise qu’environ une soixantaine de prisonniers politiques restent toujours en détention, parfois depuis plusieurs années, sans jugement définitif.
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Cette situation continue d’alimenter les critiques sur le fonctionnement de la justice togolaise et le respect des garanties judiciaires fondamentales.
Des détenus emblématiques toujours derrière les barreaux
Parmi les prisonniers politiques encore incarcérés figure Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du président du Conseil et ancien ministre de la Défense, condamné dans le cadre de l’affaire dite de la sûreté intérieure de l’État, tout comme son coaccusé Atti Abi, qui purge une peine de 20 ans de prison.
Sont également toujours détenus Jean-Paul Edoh Omolou, ancien responsable du mouvement estudiantin, incarcéré au SCRIC depuis novembre 2021 sans jugement, Mme Marguerite Essossimna Gnakadé, la toute première ministre des Armée et membre de la famille présidentielle interpellée le 17 septembre 2025 ainsi que plusieurs personnes interpellées dans l’affaire dite « Tigre révolution » et certains militants du collectif C14.
Une grève de la faim décisive pour faire pression
Cette vague de libérations n’est pas intervenue sans pressions. Dès le 8 novembre 2025, une trentaine de prisonniers politiques avaient entamé une grève de la faim pour exiger l’application des décisions et recommandations des mécanismes internationaux les concernant.
Ces détenus réclamaient notamment la mise en œuvre des décisions de la Cour de justice de la CEDEAO, des procédures spéciales des Nations unies ainsi que de la résolution du Parlement européen appelant à leur libération.
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Cette action, menée au péril de leur vie — certains grévistes ayant été hospitalisés — a ravivé l’attention nationale et internationale sur leur sort. Dans le même temps, des divisions sont apparues au sein des détenus, certains ayant choisi de se désolidariser du mouvement à travers une lettre adressée aux plus hautes autorités du pays.
La reconnaissance implicite de l’existence de prisonniers politiques
Pendant des années, les autorités togolaises ont nié l’existence de prisonniers politiques dans le pays. Pourtant, pour de nombreux observateurs, cette libération ciblée constitue une reconnaissance implicite de cette réalité longtemps contestée.
Si cette mesure est saluée comme une avancée, elle reste insuffisante aux yeux des organisations de défense des droits humains, qui continuent de réclamer la libération totale des prisonniers politiques.
Pour beaucoup, cette décision confirme une fois de plus que, malgré les résistances, la vérité sur l’existence de prisonniers politique au Togo finit toujours par s’imposer.
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Albert Akouété AGBEKO
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