Christine Arrighi veut des sanctions ciblées contre les autorités togolaises
Une proposition de résolution déposée à l’Assemblée nationale française par la députée écologiste Christine Arrighi appelle à une rupture avec le régime de Faure Gnassingbé. Le texte préconise notamment des sanctions ciblées contre des responsables togolais accusés d’être impliqués dans de graves violations des droits humains, ainsi qu’un conditionnement de l’aide française aux progrès démocratiques.
La situation politique au Togo s’invite de nouveau au Parlement français. Députée de la 9ème circonscription de la Haute-Garonne, Christine Arrighi a déposé, le 27 août 2026, la proposition de résolution n° 3111 intitulée : « affirmant la solidarité de la France avec le peuple togolais et invitant à l’arrêt de tout soutien au régime de Faure Gnassingbé ». Le document est officiellement enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale.
L’initiative ne constitue pas encore une décision de la France. Il s’agit d’une proposition portée par une députée, dont l’adoption nécessiterait un examen et un vote parlementaires. Mais son contenu traduit une volonté de durcir profondément la position française à l’égard du pouvoir togolais.
Christine Arrighi, une députée écologiste engagée
Née le 19 septembre 1959 à Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées, Christine Arrighi siège à l’Assemblée nationale depuis 2022. Réélue en juillet 2024, elle représente la 9ème circonscription de la Haute-Garonne et appartient au groupe Écologiste et Social. Elle est également secrétaire de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire.
Son activité parlementaire ne se limite pas à la fiscalité ou aux finances publiques. Elle a déjà porté plusieurs initiatives législatives et propositions de résolution sur des sujets économiques, sociaux, environnementaux et internationaux.
Avec le texte consacré au Togo, la députée s’attaque directement à la politique française de coopération avec Lomé. Elle affirme vouloir placer la France du côté du peuple togolais plutôt que de celui du pouvoir en place.
Une résolution qui vise directement le régime de Faure Gnassingbé
Dans son exposé des motifs, Christine Arrighi dénonce la longévité de la famille Gnassingbé au pouvoir et critique particulièrement la réforme constitutionnelle togolaise de 2024. Le texte présente cette réforme comme un mécanisme permettant à Faure Gnassingbé de conserver le pouvoir sous une nouvelle architecture institutionnelle.
La députée évoque également les répressions politiques, les atteintes aux libertés publiques et à la liberté de la presse. Elle considère que la France ne devrait plus maintenir une relation de soutien avec les autorités togolaises dans ces conditions.
La proposition appelle ainsi le gouvernement français à revoir profondément sa politique à l’égard de Lomé.
Des sanctions ciblées contre des responsables togolais
C’est l’un des aspects les plus sensibles du texte.
Christine Arrighi demande à la France de prendre et de promouvoir des sanctions ciblées contre des dignitaires togolais et des responsables impliqués, selon les termes de la proposition, dans de graves violations des droits humains. Elle souhaite que Paris porte également cette demande auprès de l’Union européenne, de la CEDEAO et des organisations internationales.
Le texte ne détaille toutefois pas, dans les passages examinés ici, une liste nominative de responsables togolais devant faire l’objet de sanctions. Il s’agit donc d’une demande de principe visant les personnes que les mécanismes compétents considéreraient comme responsables de graves violations.
Ces sanctions pourraient, si elles étaient effectivement décidées par les autorités compétentes, viser des individus plutôt que l’ensemble de l’État togolais. La logique serait donc de cibler les responsables présumés plutôt que de frapper indistinctement la population.
L’aide française conditionnée aux progrès démocratiques
La députée demande également une réorientation de l’aide française au Togo.
Selon la proposition, l’aide financière bilatérale devrait être strictement conditionnée à des progrès effectifs en matière de droits humains, de libertés publiques et d’alternance démocratique. Christine Arrighi souhaite que cette logique soit également défendue par la France au niveau européen.
Une telle orientation pourrait modifier sensiblement la relation entre Paris et Lomé si elle venait à être mise en œuvre. L’aide ne serait plus considérée uniquement comme un instrument de coopération au développement, mais également comme un levier destiné à encourager des changements politiques et institutionnels.
Vers une rupture de la coopération avec Lomé ?
La proposition va plus loin en demandant à la France de rompre avec toute forme de soutien politique, économique et militaire au régime de Faure Gnassingbé.
Dans son exposé des motifs, Christine Arrighi remet ainsi en cause la relation privilégiée historiquement entretenue entre Paris et Lomé. Elle considère que cette coopération ne doit pas conduire la France à fermer les yeux sur les violations des droits humains dénoncées au Togo.
Il faut cependant rappeler qu’une proposition de résolution n’a pas, par elle-même, le pouvoir de rompre la coopération franco-togolaise. Même en cas d’adoption, sa portée serait avant tout politique. Les décisions concrètes concernant l’aide, la coopération militaire ou les relations diplomatiques relèvent ensuite des autorités compétentes.
Une enquête internationale demandée
Christine Arrighi souhaite également que la France soutienne l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sous l’égide de l’ONU sur les violences politiques intervenues au Togo. Elle demande par ailleurs un soutien aux victimes et aux organisations qui documentent les violations des droits humains.
Cette demande s’inscrit dans la volonté affichée par la députée de lutter contre l’impunité et de faire de la question des droits humains un élément central de la politique française à l’égard du Togo.
Le cas des journalistes français détenus au Togo
La proposition accorde une place particulière au dossier de Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, deux réalisateurs français détenus au Togo, ainsi qu’à leur collaborateur togolais Fred Vedomey, qui viennent de recouvrer provisoirement leur liberté ce 1er septembre 2026.
Selon le texte, les deux Français ont été arrêtés le 27 juillet 2026 dans le nord du pays et sont poursuivis pour « fausses déclarations ». La proposition indique qu’ils sont détenus à Lomé depuis le 17 août et réclame une intervention ferme de la France pour obtenir leur libération. Elle demande également le respect de leurs droits de défense et une évacuation sanitaire urgente pour celui dont l’état de santé est présenté comme préoccupant.
Cette affaire constitue manifestement l’un des éléments ayant renforcé la volonté de Christine Arrighi d’interpeller le gouvernement français sur sa politique togolaise.
Christine Arrighi veut faire de la France un « allié du peuple togolais »
Au-delà des sanctions, la proposition défend un changement de doctrine.
La députée souhaite que la France ne soit plus perçue comme un soutien du pouvoir togolais, mais comme un allié du peuple togolais dans sa quête d’alternance et d’État de droit. Elle demande notamment que la coopération française soit davantage alignée sur les aspirations démocratiques de la population.
Cette orientation constitue le cœur politique de la proposition n° 3111 : maintenir la coopération avec le peuple togolais tout en prenant ses distances avec les autorités accusées de violations des droits humains.

Que se passerait-il si le texte était adopté ?
Si la proposition était adoptée par l’Assemblée nationale, elle constituerait d’abord une prise de position politique officielle des députés français. Elle ne déclencherait pas automatiquement des sanctions contre les autorités togolaises.
En revanche, son adoption pourrait exercer une pression importante sur le gouvernement français pour qu’il revoie certains aspects de sa coopération avec Lomé.
Les principales conséquences politiques recherchées par Christine Arrighi seraient alors :
- une réévaluation du soutien politique français aux autorités togolaises ;
- un conditionnement de l’aide financière à des avancées démocratiques ;
- la promotion de sanctions individuelles contre certains responsables togolais ;
- une mobilisation de la France auprès de l’Union européenne et d’autres organisations internationales ;
- un soutien accru aux victimes et aux organisations de défense des droits humains ;
- une demande d’enquête internationale sur les violences politiques ;
- une intervention française renforcée dans le dossier des journalistes détenus.
Mais l’adoption de la résolution ne signifierait pas automatiquement que ces mesures seraient immédiatement appliquées. Leur mise en œuvre dépendrait notamment des prérogatives du gouvernement français et, pour d’éventuelles sanctions européennes ou internationales, des procédures propres à ces organisations.
Un texte politiquement sensible pour les relations France-Togo
La proposition de Christine Arrighi intervient dans un contexte déjà marqué par des tensions autour de la situation politique togolaise. En demandant ouvertement l’arrêt du soutien au régime de Faure Gnassingbé et des sanctions ciblées contre certains responsables, la députée place la relation franco-togolaise sur un terrain particulièrement sensible.
Le texte n° 3111 est donc à suivre de près. Son dépôt est une réalité parlementaire, mais son adoption n’est pas acquise.
La députée écologiste entend néanmoins utiliser son mandat parlementaire pour pousser Paris à revoir sa relation avec Lomé. Reste désormais à savoir jusqu’où cette initiative pourra aller dans l’hémicycle et si elle parviendra à obtenir un soutien politique au-delà de son groupe Écologiste et Social, qui compte 38 députés.
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