Alors que les pourparlers entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC-M23, soutenue par Kigali, viennent d’être délocalisés de Doha en Suisse, une question demeure : pourquoi Kinshasa a-t-il successivement refusé toutes les options africaines proposées, en particulier celle de Lomé, alors que le Togo est le médiateur officiel de l’Union africaine ?
Les négociations entre Kinshasa et les rebelles de l’AFC-M23 ont repris à la mi-avril 2026 en Suisse, après avoir été initialement conduites à Doha, au Qatar. Depuis plus d’un an, les discussions se déroulaient à Doha, sous médiation qatarie. Mais la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, à partir du 28 février 2026, a bouleversé la donne. Les vols vers Doha sont devenus quasi inexistants, et le Qatar, touché par des tirs iraniens sur la base américaine d’Al Udeid et sur ses infrastructures gazières, s’est recentré sur sa propre sécurité, ne pouvant plus consacrer le temps nécessaire à ce dossier.
Face à cette situation, les médiateurs qataris ont proposé aux parties de délocaliser les pourparlers. Plusieurs destinations ont été envisagées, mais c’est la Suisse (entre Genève et Montreux) qui a finalement été choisie, avec l’accord des deux camps.
Ce qui intrigue, c’est le refus répété du gouvernement congolais d’organiser les discussions sur le continent africain, et plus particulièrement à Lomé.
Pourquoi Kinshasa a refusé Lomé ?
Selon nos informations, lorsque le Qatar a suggéré des solutions de repli en Afrique, plusieurs pays ont été évoqués : la Zambie, ainsi que le Togo, en sa qualité de médiateur officiel de l’Union africaine (UA) dans ce conflit – un rôle autrefois dévolu à l’Angolais João Lourenço.
Or, le gouvernement de Félix Tshisekedi a opposé un veto clair à l’option togolaise. Trois raisons principales expliquent cette décision.
Méfiance envers la médiation africaine officielle : Kinshasa considère que le processus de l’UA, incarné par le président Faure Gnassingbé, n’a pas suffisamment apporté de résultats concrets face à l’avancée du M23, que la RDC accuse d’être une simple vitrine de la stratégie rwandaise. Pour l’exécutif congolais, organiser les pourparlers à Lomé reviendrait à légitimer un médiateur jugé trop passif ou trop éloigné des réalités sécuritaires sur le terrain, révèle Africa Intelligence.

Crainte de donner une image de faiblesse : En acceptant des négociations sur le sol africain, sous l’égide d’une institution continentale, le pouvoir de Kinshasa redoute que cela soit perçu comme une reconnaissance de l’AFC-M23 comme un acteur politique légitime. L’option suisse, plus neutre et moins politisée aux yeux de l’opinion congolaise, permet de maintenir une certaine distance.
Préférence stratégique pour un cadre extra-africain : Depuis le début du conflit, Kinshasa a toujours privilégié des médiations extérieures à l’Afrique (d’abord le Qatar, désormais la Suisse) pour éviter les pressions régionales directes, notamment des pays voisins accusés de soutenir les rebelles. Lomé, bien que géographiquement éloigné des Grands Lacs, reste un symbole de l’architecture de paix africaine – que Kinshasa juge actuellement inefficace.
Il est à noter que le gouvernement congolais s’est également opposé à d’autres destinations africaines, comme la Zambie, pour des raisons similaires.
Une solution helvétique en urgence
Face à ces refus, l’hypothèse de la Suisse s’est rapidement imposée. La Confédération helvétique, qui accompagnait déjà discrètement le processus à Doha, a été acceptée par les deux belligérants. Montreux a finalement été préféré à Genève, les autorités suisses souhaitant tenir les discussions à l’abri des médias. Les premiers rounds de la mi-avril se sont bien déroulés, notamment sur les échanges de prisonniers, mais d’autres sessions seront nécessaires avant un accord global.
Le Qatar, représenté désormais par le diplomate Ali Al Mansour, serait favorable à ce que les futures rencontres restent en Suisse, au moins jusqu’à la normalisation de la situation sécuritaire dans le Golfe.
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