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Togo – Sénégal : une visite diplomatique dans un climat de répression

 

Alors que le Togo sort à peine d’un épisode sanglant de répression politique, avec plusieurs morts et arrestations arbitraires survenues lors de manifestations pacifiques en juin 2025, la visite du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à Lomé ce 25 juillet suscite de nombreuses interrogations. Officiellement, il s’agit d’une visite de travail dans le cadre d’un rapprochement bilatéral entre le Sénégal et le Togo, mais le moment choisi et le silence sur la situation des droits humains dérangent profondément une partie de l’opinion ouest-africaine. Nombreux sont ceux qui dénoncent une visite malvenue et politiquement insensible, alors que les Togolais font face à une vague de violences orchestrées par le régime de Faure Gnassingbé.

Un climat de répression passé sous silence

Depuis la révision constitutionnelle controversée d’avril 2024, le Togo est entré dans une nouvelle République sans légitimité populaire, installant Faure Gnassingbé à la tête d’un régime hyper-présidentialisé. Les tentatives de contestation de cette réforme ont été violemment réprimées, avec des morts parmi lesquels des enfants, des blessés et des dizaines d’arrestations arbitraires en juin dernier. Et au cœur de cette violence, des milices  ont joué un rôle central, en agressant les manifestants à visage découvert et en plein jour.

Guy Marius Sagna : un précédent grave, toujours impuni

Ce n’est pas la première fois que ces milices frappent en toute impunité. En septembre 2024, le député sénégalais Guy Marius Sagna, en mission parlementaire à Lomé dans le cadre des travaux de la CEDEAO, a été violemment agressé par des éléments identifiés comme proches du pouvoir togolais. Cet acte d’une gravité extrême, perpétré contre un représentant d’un État membre de la CEDEAO, n’a jamais été élucidé, malgré une enquête annoncée par les autorités togolaises. Aucune sanction, aucune arrestation, aucun rapport officiel.

Aujourd’hui, ce sont ces mêmes groupes violents qui ont de nouveau été déployés contre des citoyens togolais désarmés le mois dernier. En visitant Lomé sans évoquer cet historique de violence, le président Diomaye Faye semble entériner un silence diplomatique lourd de conséquences.

Une diaspora togolaise bâillonnée au Sénégal

L’embarras est d’autant plus grand que, à Dakar, les ressortissants togolais au Sénégal ont vu leur manifestation interdite par les autorités locales. Cette marche pacifique visait à dénoncer la répression au Togo et à soutenir la lutte démocratique du peuple togolais. L’interdiction de cette expression citoyenne dans un pays reconnu pour sa tradition démocratique interroge sur la cohérence du discours du nouveau pouvoir sénégalais, qui se veut pourtant à l’écoute des peuples africains.

Diplomatie de rupture ou logique de compromis ?

Le président Faye a été élu sur la promesse d’un renouveau politique en Afrique, d’une rupture avec les connivences anciennes et les complaisances entre chefs d’État. Sa jeunesse, son profil anti-système et son discours panafricaniste ont nourri beaucoup d’espoirs, y compris au Togo. Mais cette visite à Lomé, sans aucun mot public sur la dérive autoritaire en cours, ni sur l’agression impunie d’un parlementaire sénégalais, brouille le message.

Le choix du timing, les symboles envoyés, les silences observés… tout laisse penser à une diplomatie de realpolitik, bien éloignée de l’élan citoyen et démocratique qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir.

 Entre solidarité étatique et trahison des peuples

Le peuple togolais attendait un geste. Une parole. Un symbole. Un rappel des faits. En lieu et place, il voit un chef d’État frère s’afficher avec le pouvoir qu’il combat, au mépris des souffrances et des aspirations populaires.

Cette visite de Diomaye Faye, dans sa forme actuelle, apparaît comme une occasion manquée d’exprimer une solidarité active avec un peuple frère en lutte. Et elle interroge sur la capacité du nouveau président sénégalais à rester fidèle aux principes de justice, de vérité et de souveraineté populaire.

 

 

Francine DZIDULA

E-mail :togoscoop@gmail.com 

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