Le ministre Kokoroko
Un ministre est avant tout un serviteur du peuple. De ce fait, cette mission exige de lui l’écoute, l’attention, la pondération et la circonspection vis-à-vis du peuple dont il est l’émanation.
Au Togo, le gouvernement de Victoire Dogbé en sa qualité d’hommes et femmes qui le composent surtout en raison de la présence en son sein d’éminents universitaires on aurait cru que cette notion sera bien maitrisée. Erreur ! La réalité est tout autre. Tout se passe comme si ces ministres universitaires sont dans un concours pour élire qui débiterait plus d’insanités.
La dernière illustration, ce sont les propos tenus par le ministre des enseignements primaire et secondaire et de l’artisanat, le professeur Dodzi Komla Kokodoko à Dapaong au nord du pays, en marge du conseil des ministres délocalisé à Gando.
En lieu et place du discours courtois et respectueux que l’on devrait s’attendre de la part d’un ministre (même si la tension n’est pas au beau fixe entre lui et les enseignants) que la plupart de la jeunesse prenne pour un modèle, ce sont des propos va-t’en guerre que le ministre a délivrés à ses collaborateurs.
« Je suis venu dans les Savanes et le fleuve Oti m’a permis avec une météo assez intéressante de préparer et de tirer mes premiers missiles. Mes premiers missiles tirés depuis le fleuve Oti feront dégâts assez lourds. Je vous dis, il y aura des dégâts assez lourds. Parce que ceux qui s’entêtent à troubler le secteur de l’éducation seront purement et simplement exclus de la fonction enseignante et mis à la disposition de la fonction publique. Voilà la décision assez claire et ferme qui sera appliquée dans les jours à venir ». A entendre cette déclaration, on se croirait dans tout autre lieu sauf un cadre académique surtout venant d’un professeur président de la plus grande université du pays. Même Vladimir Poutine fait preuve de réserve. Il n’a pas tenu ces propos belliqueux vis-à-vis de l’Ukraine.
Si le ministre ne veut pas envenimer la situation il saura qu’en pareille circonstance le discours qui sied est celui de la conciliation et de hauteur d’esprit surtout que le mouvement de débrayage du Syndicat des enseignants du Togo (SET) a été bien suivi. Et comme le ministre a préféré tenir un langage de guerre au lieu du discours de paix. C’est ainsi qu’on assiste à un escalade verbal.
Les enseignants aussi usent de discours irrespectueux et de mépris vis-à-vis de l’autorité, leur ministre de tutelle. Ce qui est inadmissible pour des pédagogues qui doivent inspirer la jeunesse. Le respect de l’autorité doit être de mise même en période de conflit. Certes, les enseignants sont dans leur droit en réclamant mais ils doivent s’en tenir uniquement à leur mouvement dans le respect de l’autorité.
La conséquence de ce discours va-t’en guerre est la reconduction du mouvement de débrayage du SET pour 72h à compter de ce 29 mars 2022 jusqu’à 31 mars 2022.
Face à cette situation d’escalade, le silence des associations des parents d’élèves est surprenant. Ces associations doivent intervenir le plus tôt pour sauver l’année académique.
On se demande alors jusqu’où nous conduira ce bras de fer entre enseignants et le ministre Kokodoko. Cette situation n’inquiètera pas outre mesure si ce n’est l’avenir de la relève du Togo qui est en jeu. Il urge que chaque acteur fasse preuve de bonne foi et de raison afin de trouver une solution à cette lancinante crise qui secoue le monde scolaire depuis plusieurs années.
Francine DZIDULA
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