Fousseni Youssaou, militant togolais en exil : “Ils veulent me livrer au régime”
Quelques mois après la présentation à la presse, par le directeur général de la police nationale, de plusieurs militants du mouvement d’opposition « Tigre Révolution » accusés de vouloir renverser les institutions de la République, un autre militant est désormais dans le viseur des autorités et de son propre entourage. Il s’agit de Fousseni Youssaou, fondateur du mouvement citoyen « Togo Biya », aujourd’hui en exil et en quête d’asile politique aux États-Unis.
Un militant engagé devenu fugitif
Né le 31 juillet 1987 à Agoulou, dans la région centrale du Togo, Fousseni Youssaou affirme être victime de menaces persistantes de la part d’un clan familial qui chercherait à le livrer au régime en place. Ces intimidations, selon lui, trouvent leur origine dans les manifestations de 2017 et 2018 organisées par l’opposition togolaise pour réclamer des réformes constitutionnelles et institutionnelles.
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Engagé très jeune dans la lutte pour le changement politique, Youssaou raconte avoir cofondé, en août 2017, un mouvement civil baptisé Togo Biya, en collaboration avec son ami Bamoïbé Kossi, quelques jours après les premières grandes mobilisations du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam.
Leur objectif, explique-t-il, était de fédérer les jeunes militants et sympathisants de l’opposition à travers une plateforme WhatsApp qui comptait près d’une centaine de membres actifs. Les discussions y portaient sur l’organisation de manifestations pacifiques et sur la dénonciation des abus du régime en place.
Arrestations, menaces et fuite vers le Ghana
Le 13 avril 2019, lors d’une nouvelle marche organisée par le PNP, des affrontements éclatent entre les manifestants et les forces de sécurité après la mise à sac du domicile de Tikpi Atchadam par des militaires.
Selon Youssaou, plusieurs jeunes proches du mouvement ont été enlevés ou arrêtés, parmi lesquels son cofondateur Bamoïbé Kossi, qui sera incarcéré. Craignant pour sa sécurité, il affirme avoir quitté Lomé pour se réfugier à Kpalimé, avant de recevoir des menaces téléphoniques l’accusant d’avoir « trahi ses camarades contre sa liberté ».
« J’ai compris que j’étais devenu une cible. Ils me tenaient pour responsable de l’arrestation de mes amis. J’ai décidé de fuir le pays le 15 mai 2019 », confie-t-il.
Youssaou se réfugie alors au Ghana, où il parvient à se reconstruire une vie. Mais un an plus tard, il dit avoir été de nouveau repéré par des individus se présentant comme des compatriotes. Peu après, il apprend depuis l’étranger la mort en détention de Bamoïbé Kossi, son ami et cofondateur, le 6 juin 2023.
« Ce décès a tout bouleversé. J’ai compris que mon retour au Togo ou même mon séjour au Ghana devenaient dangereux », raconte-t-il.
Une cavale jusqu’en Amérique
Craignant pour sa vie, Youssaou obtient un visa pour le Brésil, où il s’installe le 26 septembre 2023. Mais la quiétude espérée tourne court : il affirme y avoir croisé par hasard un proche du défunt Bamoïbé, qu’il soupçonne de le suivre. Pris de panique, il quitte précipitamment le pays en novembre 2023 pour gagner le Mexique, avec l’espoir de rejoindre ensuite les États-Unis.
« À la frontière, j’ai vu la misère et la violence de près. J’ai compris que ma seule chance de survie était de me mettre sous la protection des États-Unis, un pays qui défend les droits humains et la justice », explique-t-il dans sa demande d’asile.
Une histoire symptomatique du climat politique togolais
Le cas de Fousseni Youssaou s’ajoute à une longue liste de militants et opposants togolais ayant quitté le pays ces dernières années, invoquant la répression, les arrestations arbitraires et les intimidations.
Si les autorités togolaises n’ont pas encore réagi à ce cas particulier, elles ont souvent rejeté les accusations de persécution politique, affirmant agir dans le strict cadre de la loi.
En attendant l’examen de sa demande d’asile, Youssaou vit dans la crainte d’être retrouvé par ceux qu’il qualifie de « persécuteurs ».
« Je n’ai jamais voulu fuir mon pays, dit-il. Mais je veux simplement vivre libre, sans avoir à regarder derrière moi. »
A noter que selon les organisations de défense des droits de l’Homme, plus d’une centaine de prisonniers politiques croupissent dans les prisons togolaises rongés par la maladie et la mort.
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Francine DZIDULA
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