Me Yawovi Agboyibo, président-fondateur du CAR
Le Parti socialiste panafricain (PSP) de Tavio Amorin, le Mouvement pour le développement national (MODENA) de Joachim Kokouvi Atsustè Agbogbli, l’Union des forces de l’avenir (UFA) de Gaston Vidada… sont quelques uns des partis politiques disparus de la scène politique togolaise à la suite du décès de leur président-fondateur. Le Comité d’action pour le renouveau (CAR), le parti de Me Apollinaire Yawovi Madji Agboyibo serait-il sur la même voie ? La question ne cesse de tarauder l’esprit de certains militants du parti des « Déshérités » vue la léthargie que traverse le CAR à la suite de la disparition du « Bélier noir ».
Bientôt deux ans, le CAR est sans activités politiques excepté quelques communiqués distribués aux médias locaux. En dehors de cela plus rien. Certes, à l’actif de cette formation, la situation pandémique avec l’état d’urgence en cours dans le pays qui a mis en berne toutes les activités. Mais la situation de léthargie du CAR inquiète des membres du parti à l’instar de Togbui Dagban. Il l’a dénoncé ce lundi dans une émission en langue locale chez nos confrères de radio Victoire FM.
EVITER QUE LE CAR MEURT AVEC AGBOYIBO
« Agboyibo ne peut pas mourir et on va enterrer le CAR avant lui. Il faut qu’on se réveille, reprendre les activités, faire de la politique. Le pays va dans l’abîme », a-t-il martelé rejetant du revers du doigt l’alibi de l’état d’urgence. Si l’état d’urgence n’est pas levé allons- nous demeurer dans ce silence jusqu’à quand, s’est interrogé le chef Dagban.
Même les travaux de la Concertation nationale des acteurs politiques (CNAP) qui devraient servir à ce parti d’être au-devant de l’actualité nationale ont été également boycottés. Pour le chef d’Adakpamé « le boycott des dialogues n’est pas notre option au CAR. Si Me Agboyibo était vivant cela ne se passera pas ainsi. Nous avons été présents à tous les dialogues malgré la mauvaise foi de nos interlocuteurs. Mais ce boycott, c’est la dictature de la majorité, (ceux qui étaient contre le dialogue au sein de la formation sont plus nombreux que le chef) mais je leur ai fait savoir que je ne suis pas d’accord avec le boycott. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous réjouir des travaux faits par les autres à notre place », a indiqué Togbui Dagban.
En Afrique quand le président-fondateur d’un parti politique meurt, il emporte avec lui dans la tombe le parti. Tout ceci parce que de son vivant il n’a pas eu à partager, à déléguer des charges à ses collaborateurs. Tout part par lui et revient à lui. Ceci s’explique en partie parce qu’il est le seul financier du parti politique. Les autres ne savent pas comment il fait pour faire vivre le parti.
Il y a pas si longtemps à la suite d’une divergence de vue avec un de ses collaborateurs, un responsable politique togolais déclarait « il sait comment je fais pour faire fonctionner le parti ? J’ai vendu mes terres pour faire fonctionner le parti. Il n’a qu’à aller créer son propre parti ». Ça veut tout dire. Dans nos partis politiques les militants n’ont pas encore la culture de la cotisation or c’est quand tu cotises que peux exiger des choses. Ici c’est le responsable politique qui déplace les militants, les nourrit. Dans ces conditions comment peuvent-ils s’opposer à ses décisions.
ERREUR POLITIQUE
Qui aujourd’hui va prendre les rênes du parti des « Déshérités » pour le faire sortir de sa torpeur ? Ou ce parti historique, le plus vieux du Togo va-t-il agrandir la liste des partis qui meurent après le décès de leur chef ? Il est trop tôt pour répondre par l’affirmatif. Même si tout plaide pour l’affirmatif. Et pour preuve, depuis la disparition du « Bélier noir » et la vacance constatée au sommet du parti par le Comité directeur et le Conseil sénatorial qui ont décidé de confier la direction au bureau en cours de mandat couplée d’une cellule « stratégie », on est sans nouvelle de cet exécutif.
Konlani Yendouban, le 1er vice-président du parti qui fait partie du duo mis en place pour diriger le parti, est un personnage très effacée qui n’a pas d’ascendance sur les membres. C’est un personnage qui manque de courage et qui aime jouer à l’équilibriste. Dans ces conditions, le CAR ne peut être que bloqué comme il l’est actuellement. L’état d’urgence et ou le deuil qui frappe le parti ne seront que des prétextes pour cacher la crise de succession qui frappe le parti et qu’on tente de camoufler.
Personnage emblématique craint et respecté sur la scène politique togolaise, on ne peut pas remplacer aussi facilement ce vieux briscard de la politique togolaise. Me Yawovi Agboyibo a certainement commis l’erreur de n’avoir pas de son vivant transmis la direction du parti à la jeune génération et les guider. Comme les présidents-fondateurs qu’il a passée toute sa vie à combattre, lui aussi est mort à la tête de son parti. C’est en cela que son retour aux affaires en 2017 après qu’il ait transféré les charges du parti à son acolyte d’alors Me Apevon Dodji suivi aujourd’hui de la scission du parti peut être considéré comme une erreur politique monumentale. Il aurait pu rester sur cette volonté de retrait qu’aujourd’hui la postérité le lui reconnaitra.
Il est clair aujourd’hui que le parti manque de répondant pour faire face à l’après président-fondateur. Les jeunes même si on n’a rien à leur reprocher manque cet aura, cette expérience dans la direction de ce grand parti. Expérience qu’ils auraient pu acquérir aux côtés de l’ancien bâtonnier si ce dernier leur avait tendu la perche en les guidant de son vivant. Aujourd’hui, il est décédé les jeunes doivent à apprendre à vivre sans seul, sans lui. Cette transformation n’est pas souvent facile à faire. On a vu des grands partis politiques africains disparaitre aussi au décès de leur leader.
Orpheline et marquant de charisme, la jeune génération pourra-t-elle réellement faire exister le CAR après Agboyibo sur l’échiquier politique ? C’est le défi que doit relever cette jeune génération pour ne pas faire mourir ce parti historique.
Albert AGBEKO
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