L’Occident, un lieu pour mourir ; l’Afrique un cimetière pour les vivants
Le Zambien Michael Sata décédé en 2014 à Londres ; l’Ethiopien Melès Zenawi, mort en 2012 à Bruxelles ; le Bissau-Guinéen Mallam Bacai Sanha mort en 2012 à Paris ; le Zambien Levy Mwanassa, mort en 2008 en France ; le Zambien Levy Mwanassa mort en 2008 à Paris, le Gabonais Omar Bongo Ondimba mort en 2009 à Barcelone, en Espagne, après quarante-deux ans sans avoir eu à cœur de bâtir un centre sanitaire dans lequel il rendrait son dernier souffle. Le Togolais Gnassingbé Eyadema, mort en 2005 dans l’avion qui le transportait de Lomé vers une capitale occidentale, voilà le triste tableau de dirigeants africains qui quittent les terres de leurs ancêtres pour aller mourir loin des siens.
Quand nos dirigeants fuient à l’étranger pour leurs derniers moments, que reste-t-il de leur leadership ?
L’annonce du décès de l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari à Londres n’a surpris personne. Une fois encore, un dirigeant africain, a choisi de quitter son pays pour ses derniers instants, loin des hôpitaux délabrés qu’il n’a jamais réformés.
Cette nouvelle intervient alors qu’un autre ancien chef d’État, le général Abdulsalami Abubakar, serait également gravement malade… à Londres. Un scénario qui se répète, inlassablement, depuis des décennies. Au cours de son règne, Muhammadu Buhari a passé de séjour dans les hôpitaux londoniens que dans son pays.
Une fuite qui en dit long
Pourquoi Londres ? Pourquoi ces dirigeants, après des années au pouvoir, refusent-ils de confier leur vie au système de santé qu’ils étaient censés améliorer ?
La réponse est cruelle : ils n’ont jamais cru en leur propre pays.
Ils ont gouverné un Nigeria où les hôpitaux manquent d’électricité, où les routes tuent plus que les maladies, où les salles de maternité deviennent des mouroirs. Pourtant, quand leur heure arrive, ils s’envolent vers des hôpitaux britanniques propres, équipés de machines modernes et de médecins compétents – des infrastructures financées par des États qui, eux, ont investi dans la vie de leurs citoyens.
Le Nigeria, cimetière du peuple
Pendant que l’élite nigériane meurt dans le confort londonien, le peuple, lui, succombe dans l’indifférence :
– Dans des cliniques sans générateurs, où les respirateurs s’arrêtent avec la lumière.
– Sur des routes défoncées, faute d’entretien.
– Dans des maternités sans oxygène, où des mères et leurs nouveau-nés meurent en silence.
Le Nigeria est devenu le cimetière des pauvres, tandis que Londres sert d’hospice doré aux puissants
Un héritage de trahison
De Yar’Adua à Buhari, le schéma est identique : Diriger le Nigeria, Accumuler des fortunes, Négliger les hôpitaux, Prendre l’avion dès que la maladie frappe.
Ils ont refusé de construire ce dont ils avaient eux-mêmes besoin. Quel leader laisse derrière lui un pays où même ses dirigeants ne veulent pas être soignés ?
Et si… ? Imaginez un instant :
-Un seul hôpital de classe mondiale par région, financé par l’argent des jets privés et des villas européennes.
– Des milliers de vies sauvées.
– Une fierté nationale, au lieu d’une honte.
Mais non. Ils ont préféré fuir.
Le vrai échec.
Le drame n’est pas seulement leur mort à l’étranger. C’est le message qu’ils envoient :
-« Ce pays ne mérite pas qu’on y vive… ni qu’on y meure. »
Assez.
Nous méritons des dirigeants qui croient en leur pays assez pour y rester, jusqu’au bout à l’instar de John Atta Mills ou John Jerry Rawlings du Ghana. Des dirigeants qui construisent des hôpitaux, pas des fortunes offshores.
Jusqu’à ce jour, Londres restera le refuge des puissants.
Et le Nigeria ? Un cimetière à ciel ouvert, où les pauvres meurent tandis que leurs leaders s’envolent.
La question finale :
Est-ce cela, le leadership ? Ou simplement une longue trahison ?
Yaovi AGBEGNIGAN
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