Marrakech : l’Afrique veut reprendre le contrôle de la valeur du café grâce à African Coffee Hub et la BID
À Marrakech, les 5 et 6 mai 2026, un tournant stratégique s’est dessiné pour l’industrie du café africain. Réunis autour du Forum régional sur le développement de la chaîne de valeur du café en Afrique, huit pays africains, des institutions financières internationales et des acteurs privés majeurs ont lancé un vaste programme destiné à repositionner l’Afrique au cœur de la création de valeur du café mondial.
Porté par African Coffee Hub avec l’appui de Banque islamique de développement et de l’Organisation de la coopération islamique, ce Programme Régional pour le Développement de la Chaîne de Valeur du Café en Afrique ambitionne de mettre fin à un modèle historique dans lequel les pays africains exportent essentiellement du café brut, tandis que la transformation et les profits se concentrent ailleurs.
L’Afrique produit le café, mais capte peu de richesse
Aujourd’hui, l’Afrique représente près de 15 % de la production mondiale de café. Pourtant, le continent ne capte qu’une faible partie de la valeur finale générée sur les marchés internationaux. La majorité des exportations africaines quittent encore le continent sous forme de grains verts non transformés.
Cette dépendance structurelle prive les producteurs africains d’importantes retombées économiques. Sur une tasse de café vendue plusieurs dollars en Europe ou en Amérique du Nord, le cultivateur africain ne reçoit souvent qu’une infime fraction du prix final.
Face à ce déséquilibre, African Coffee Hub veut bâtir une nouvelle architecture économique fondée sur la transformation locale, la standardisation de la qualité, la traçabilité numérique et l’accès direct aux marchés internationaux.
Selon Sanae Benabdelkhalek, présidente et fondatrice de la plateforme, l’objectif est autant économique que stratégique : permettre aux pays africains de reprendre le contrôle de leur propre chaîne de valeur.
Tanger Med au centre de la nouvelle stratégie africaine du café
Le projet s’appuie fortement sur la puissance logistique du complexe portuaire Tanger Med, appelé à devenir la principale base opérationnelle du programme.
Même si le Maroc n’est pas un pays producteur de café, il entend jouer un rôle clé dans l’agrégation, le contrôle qualité, le blending, le packaging et l’exportation du café africain vers les marchés mondiaux.
Cette stratégie s’inscrit également dans la dynamique de coopération Sud-Sud impulsée par Mohammed VI, avec un accent particulier sur l’intégration économique africaine.
Le programme prévoit deux grandes phases :
-l’amélioration de la production agricole et des pratiques post-récolte ;
-la mise en place de systèmes de certification, de standardisation et de traçabilité NFC.
Des accords déjà signés avec plusieurs pays africains
En marge du forum de Marrakech, plusieurs Memorandums of Understanding (MoU) ont été conclus entre ACH Invest, bras financier d’African Coffee Hub, et plusieurs gouvernements africains.
Des accords ont notamment été signés avec : la Sierra Leone ; la Guinée ; Madagascar ; l’Ouganda, à travers la société Banta African Coffee Ltd.
Le Nigeria s’est également illustré par un engagement majeur de la société AGARA, qui a mis à disposition 2 000 hectares pour soutenir la production liée au programme.
Plus marquant encore, AGARA a annoncé l’octroi d’un terrain destiné à accueillir le futur plus grand centre africain de recherche sur le café. Ce centre sera supervisé par African Coffee Hub.

Une mobilisation continentale autour du café africain
Le forum de Marrakech a réuni des représentants de la Sierra Leone, de la Guinée, de Madagascar, de l’Ouganda, du Togo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria et du Maroc.
Plusieurs organisations internationales ont également pris part aux travaux, notamment : Organisation islamique pour la sécurité alimentaire ;Centre Islamique pour le Développement du Commerce ; OCP Africa ; ONU Femmes.
Le programme bénéficie aussi des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine, qui facilite les échanges commerciaux intra-africains.
Un marché mondial du café en pleine croissance
Le marché mondial du café était estimé à plus de 245 milliards de dollars en 2024 et pourrait atteindre 380 milliards de dollars d’ici 2034, selon les projections évoquées lors du forum.
Dans ce contexte, les promoteurs du programme estiment que l’Afrique dispose d’un potentiel considérable pour renforcer sa position dans la chaîne mondiale de valeur, notamment grâce à ses variétés premium d’arabica et de robusta.
Au-delà du café, les initiateurs du projet considèrent déjà ce modèle comme une référence potentielle pour d’autres filières agricoles africaines telles que le cacao, l’anacarde ou encore la mangue.

Une nouvelle étape pour la souveraineté économique africaine
À travers ce programme régional, l’Afrique cherche désormais à ne plus être uniquement un fournisseur de matières premières, mais un véritable acteur industriel et commercial de l’économie mondiale.
Le forum de Marrakech marque ainsi une étape importante dans la construction d’une filière café africaine plus intégrée, compétitive et souveraine, avec African Coffee Hub comme principal instrument opérationnel de cette ambition continentale.
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Francine DZIDULA
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