Le cercueil de Me Agboyibo
« Nous sommes devenus orphelins, nous n’avons plus de porte-parole », ainsi s’exprimait ce 11 décembre 2021, à Kouvé, une dame presque en pleurs, lorsque le cercueil du « vieux crocodile » était en train d’être porté en terre.
L’ancien Premier ministre Apollinaire Yawovi Madji Agboyibo, décédé le 30 mai 2020 à Paris, a été inhumé ce 11 décembre, à Kouvé son village natal, situé à environ 80 km au nord-est de Lomé. Tout le gotha de ce qu’il y a de responsables politiques et institutionnels s’est donné rendez-vous. Gilbert Bawara, Akoda Ayéwouadan, Jean-Pierre Fabre, Pascal Bodjona, Dodji Apevon, Béléki Akouété, Dr François Kampatib, Djovi Gally, Abdou Assouma, l’ambassadeur des Etats-Unis au Togo,…bref un beau monde pour conduire ce défenseur des pauvres à sa dernière demeure.
Côté discours ou oraison funèbre, il y a en avait. Mais un a plus retenu l’attention. Il s’agit de celle prononcée par Abdou Assouma, le président de la Cour constitutionnelle, « ami et frère » du disparu. Il a retracé le parcours professionnel de Me Agboyibo : d’avocat de l’Etat togolais, au député indépendant sous le parti unique, en passant par le tout premier président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) qu’il était, sans oublier la création du barreau de Lomé sur son initiative en 1984, la charte des partis politiques, son engagement pour la défense des droits de l’homme… Me Agboyibo avait tout donné à son pays.
Abdou Assouma, président de la Cour constitutionnelle lors de son oraison funèbre
« Au nom de notre amitié, en 1986, quand le Togo était au ban de la communauté internationale et le président de la République lui a confié le dossier d’aller défendre le Togo à Genève et que le Président lui a demandé qui il voulait qu’il l’accompagne pour la défense du dossier togolais, Agboyibo m’a cité. Après un mois de tractations, le Togo fut sorti du ban de la communauté internationale et nous sommes rentrés à Lomé, accueillis en héros », a déclaré le président de la Cour constitutionnelle du Togo et de poursuivre que malgré les divergences d’opinion ils sont demeurés de bons amis.
« Il est très humble. Il n’aimait pas les éloges. Il m’a été d’un secours inoubliable sans lui beaucoup d’objectifs ne seront pas atteint » a déclaré M. Assouma. « Il aimait son pays, il ne l’a jamais quitté. Il disait que les problèmes togolais doivent trouver solution au pays », a-t-il encore souligné en rappelant son côté « fin stratège », « négociateur fin et infatigable », et « animal politique qui ne renonce à rien ». Il a conclu que ces propos ne sont pas un éloge de circonstance, Me Agboyibo n’en a pas besoin.
Pour le compte du gouvernement Akoda Ayewouadan a aussi rendu un vibrant hommage au « bélier noir de Kouvé ». « Le vieux crocodile » est un authentique homme, accessible, en phase avec les coutumes de son milieu. Il a démontré la défense de ses convictions peut s’accommoder avec le respect de l’adversaire politique, a déclaré le porte-parole du gouvernement.
Pour les enfants du disparu, Me Agboyibo est une école à laquelle tous les Togolais doivent s’inscrire pour apprendre l’amour du pays et le patriotisme.
Après ces hommages funéraires, une messe d’adieu a été dite à l’honneur de l’ancien bâtonnier. Après l’homélie, le curé de la paroisse de l’Eglise catholique Christ-Roi de Kouvé, a confié que lors d’une de ses visites dans le village, Me Agboyibo lui a confié que son engagement politique n’était guidé que par le bien-être de la population. A cet effet, prenant à témoin le représentant du gouvernement de l’impraticabilité de la voie qui relie Ahépé à Kouvé, le curé a demandé au gouvernement de tout faire pour que cette voie soit rénovée dans un bref délai. Il a demandé aux natifs du canton de Kouvé d’instituer la journée du 11 décembre, la journée de retrouvaille et du recueillement. Et enfin, il a demandé qu’un mémorial soit érigé en mémoire l’ancien Premier ministre pour son combat pour les droits de l’Homme et la démocratie.
Après la messe, Me Agboyibo a été conduit à sa dernière demeure dans l’intimité familiale.
Né le 31 décembre 1943, Me Apollinaire Yawovi Madji Agboyibo est un brillant juriste et homme politique togolais. Il est le président-fondateur du Comité d’action pour le renouveau (CAR). Il a été rappelé à Dieu le 30 mai 2020 à Paris.
Albert AGBEKO
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