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Togo : ces visages féminins de la détention politique

 

Elles sont mères, militantes, professionnelles, citoyennes engagées. Au Togo, sept femmes (Six  étaient détenues à la prison civile de Lomé, tandis qu’une autre purgeait sa détention à la prison de Dapaong) ont payé de leur liberté leur engagement politique, parfois au prix de leur santé, de leur maternité et de leur dignité. À travers leurs parcours, TOGO SCOOP met en lumière les visages féminins d’une détention politique longtemps restée dans l’ombre.

Mme Leyla Mehiouwa Nambea-Tagba

Interpellée le 18 décembre 2019, alors qu’elle était devant son bébé âgé de sept mois, Mme Leyla Mehiouwa Nambea-Tagba a d’abord été conduite au camp du GIPN d’Agoè-Logopé, avant d’être transférée à la DCPJ, puis déférée devant la justice le 6 janvier 2020.
Lors de son audition, elle a été accusée par les juges d’avoir participé à une manifestation de contestation du régime et d’appartenir à un groupe WhatsApp dénommé « Tigre Révolution », des accusations qu’elle n’a cessé de nier catégoriquement depuis son arrestation.

Placée sous mandat de dépôt à la prison civile de Lomé, où elle est restée détenue jusqu’à sa libération, elle totalise six années de détention sans jugement.

Asthmatique, Mme Leyla Mehiouwa Nambea-Tagba a vu son état de santé se dégrader au fil de sa détention. Elle souffre notamment d’hypertension artérielle mal suivie et de difficultés respiratoires aiguës, marquées par de fréquentes crises d’étouffement durant les périodes de forte chaleur.

Arrêtée alors qu’elle avait recours à une nourrice, son enfant, aujourd’hui âgé de sept ans, ne la reconnaît plus. « Je suis allé rendre visite à une dame quelque part », racontait-il récemment à ses camarades, incapable d’identifier sa propre mère.

Amavi Katanga

Les images de ses fesses couvertes de tuméfactions, conséquences de coups et de tortures infligés par des corps habillés togolais lors de sa première arrestation en juin 2025, ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Native de la région de la Kozah, Amavi Katanga est connue pour ses prises de position critiques sur la situation sociopolitique du pays.

Fin novembre 2025, elle s’est retrouvée au cœur de l’actualité après avoir été signalée disparue, avant d’être finalement retrouvée le 4 décembre en détention à la prison civile de Lomé. Son arrestation, entourée de peu de communication officielle, a suscité une vive indignation au sein de la société civile et des organisations de défense des droits humains.
Elle a été libérée fin décembre 2025, dans le cadre de la mesure de grâce présidentielle.

Grâce Bikonibiyaté Koumayi

Sage-femme de profession, activiste politique et militante des droits humains, Grâce Bikonibiyaté Koumayi est engagée dans la lutte contre les violences obstétricales et connue pour son cyberactivisme en faveur de la justice sociale.

Elle a été arrêtée à plusieurs reprises au cours de l’année 2025. La première arrestation intervient le 6 juin 2025, à la suite d’une manifestation populaire à l’appel du M66. Relâchée quelques jours plus tard sous la pression citoyenne, elle avait dénoncé des sévices corporels ainsi que des traitements inhumains et dégradants subis durant sa détention.

Elle sera de nouveau interpellée le 6 octobre 2025, devant son enfant qui revenait de l’école. Alors que ce dernier tentait d’embrasser sa mère, il en a été empêché par des éléments du SCRIC, qui ont embarqué la sage-femme. Présentée quelques jours plus tard au procureur, elle a été inculpée pour incitation à l’insurrection et tentative d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État.

Depuis son incarcération à la prison civile de Lomé, son état de santé s’est continuellement dégradé, entraînant des hospitalisations régulières. Elle a dénoncé des violences, des mauvais traitements et appelé à des enquêtes indépendantes.
Le 8 novembre 2025, elle a entamé, avec d’autres prisonniers politiques, une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention et exiger la libération des détenus politiques. Elle a été libérée le 31 décembre 2025, sans avoir été jugée.

Depuis sa libération, elle n’a pas encore regagné son domicile et poursuit des soins médicaux pour se remettre de 50 jours de grève de la faim, mais aussi des sévices subis.

Malgré tout, cette femme au moral intact demeure déterminée.
« Ce qui me stresse aujourd’hui, c’est que tous les prisonniers politiques ne sont pas encore libérés », a-t-elle confié à TOGO SCOOP depuis son lit d’hôpital.

« C’est le début d’un nouveau combat. Les raisons de notre arrestation sont toujours là. Il n’est plus possible de faire marche arrière », poursuit-elle, ajoutant que c’est en prison que l’on découvre davantage l’injustice, l’animosité et la brutalité.

Pour cette sage-femme engagée, son combat prendra fin « le jour où les Togolais de la diaspora pourront rentrer au pays sans peur, le jour où chaque Togolais pourra manger à sa faim ». Elle conclut en soulignant que « ce n’est pas tous ceux qui crient sur les réseaux sociaux qui luttent réellement pour le peuple ; certains luttent pour leur ventre ».

Dora Dougbedji

Résidant à Aflao et travaillant à Lomé, Dora Dougbedji a été enlevée le 30 juin 2025 alors qu’elle circulait sur un zémidjan avec son nourrisson de cinq mois, en route pour son travail. Elle sera retrouvée 48 heures plus tard dans les locaux du Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC), qui autorisera sa séparation avec sa nourrice, alors qu’elle a deux autres enfants laissés à la maison.

Depuis son interpellation, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer sa libération, notamment celle de sa fille, dont une vidéo devenue virale n’a malheureusement pas suffi à infléchir la situation. L’enfant, malade et confié à la famille, se rendait quotidiennement sur le lieu de détention pour téter sa mère.
Dora Dougbedji a finalement bénéficié de la grâce présidentielle.

Chimène Akouvi Apevon

Juriste de profession, mariée et mère d’une fillette de quatre ans, Chimène Akouvi Apevon a été interpellée le 28 août 2025 par des agents en civil, alors qu’elle regagnait son domicile après le travail. Le 2 septembre, soit trois jours plus tard, elle a été placée sous mandat de dépôt et transférée à la prison civile de Lomé.

Les chefs d’accusation retenus contre elle sont notamment trouble aggravé à l’ordre public, incitation à la violence et atteinte à la sûreté intérieure de l’État. Elle a, elle aussi, récemment bénéficié de la mesure de grâce présidentielle.

Libérées, mais profondément marquées, ces femmes portent encore les stigmates de la prison et de la séparation. Leur combat, lui, se poursuit au-delà des murs carcéraux, dans l’espoir d’un Togo où l’engagement citoyen ne se paie plus par la détention.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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