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12 juin 2012: Dekon, la première manifestation d’ampleur contre Faure Gnassingbe

 

                                                      Vue partielle des manifestants

TOGOCOM

Première gigantesque manifestation de l’opposition depuis le soulèvement populaire du 5 octobre 1990 mais également première grande manifestation organisée par cette opposition depuis l’avènement au pouvoir de Faure Gnassingbé en 2005. Ce mardi 12 juin 2012, l’opposition regroupée au sein du Collectif Sauvons le Togo (CST) avait convié la population togolaise à trois jours (12, 13, 14 juin) de sit-in à Dékon, le quartier des affaires de Lomé. Au menu des revendications, la mise œuvre des recommandations de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) sur la torture, l’abrogation du code électoral et du découpage électoral opérés par le gouvernement, des réformes constitutionnelles et institutionnelles dont le retour à la Constitution de 1992, la réouverture de radio X Solaire, le rétablissement dans leurs droits des neuf députés exclus.

 

La  pluie battante sur la ville n’a pas découragé des centaines de milliers de manifestants à battre les pavés. Déjà aux environs de 8 heures, ils se sont rassemblés à Bè-Gakpoto, lieu de départ de la marche, tandis que d’autres ont pris d’assaut, à partir de 10 heures, le carrefour Dékon, lieu prévu pour le sit-in.

 

Tout allait très bien au point où le Coordinateur du CST, Me Zeus Ajavon, très surpris,  déclarait : « Je sais que le divorce entre le pouvoir et les populations est profond, mais je ne savais pas que les Togolais allaient répondre aussi massivement à notre appel ».

                                         Manifestants poursuivis par les forces de l’ordre

 

 

L’ambiance qui était bon enfant a subitement dégénéré quand les forces de l’ordre ont commencé à charger violemment les manifestants qui s’approchaient du lieu du sit-in à coups de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

 

« Les manifestants ont dépassé le seuil de l’admissible en agressant les forces de l’ordre », confiera une source policière. Selon l’opposition, étaient dans la rue 500 000 manifestants, chiffre que s’est moqué Gilbert Bawara, estimant que la place Dekon ne pouvait pas contenir une telle « marée humaine », comme l’avait qualifié l’Ambassadeur de l’Union européenne au Togo, Patrick Spirlet qui, a fait le déplacement pour voir les manifestants. 

 

                             Affrontements dans les rues alentours

 

Il faut dire que le pouvoir avait minimisé l’ampleur de la mobilisation raison pour laquelle les ministres de l’Administration territoriale, Pascal Bodjona et celui de la protection civile, Lama-Gnatta avaient la veille sur les plateaux de la télévision nationale rassuré l’opinion que la manifestation sera encadrée dans les règles de l’art. C’est cette sortie des ministres qui a encore galvanisé les manifestants au point où ceux qui n’ont jamais participé à une manifestation de l’opposition surtout les jeunes en vacances se sont joints aux manifestants. Le pouvoir pris de panique opte pour la dispersion de cette manifestation qui risque de s’allonger. C’est alors que des heurts violents qui s’en suivi  faisant des dizaines de blessés de part et d’autre. Selon le CST, 119 personnes ont été blessées dans ses heurts, 56 gravement et 78 personnes ont été interpellées. Pour le ministre de la Sécurité, le Colonel Gnama Latta, 22 policiers ont été blessés, mais seules 13 personnes ont été interpellées et trois véhicules cassés.

 

HCRUNN

Parmi les blessés Agbéyomé Kodjo, le Président du parti politique MPDD qui, n’a eu la vie sauve qu’en se réfugiant dans une maison avoisinante.  « Je suis sain et sauf et plus que jamais déterminé à en finir avec le despotisme archéologique qui régente la vie des Togolais. Alors que rien ne prédisposait à la résurgence de la violence, des soldats anti républicains, au service des conservateurs, ont ouvert le feu des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre les manifestants à cent mètres du Carrefour de Dékon. Poursuivi, j’ai dû me retrancher dans une maison où un soldat a eu l’outrecuidance de me poursuivre en tirant à ma suite des coups de gaz lacrymogène. Il a fallu trouver un autre refuge, et je me suis découvert des qualités d’un athlète olympique en franchissant non sans risques et blessures un mur très haut », déclarait-il.

 

                                                 Agbeyomé exfiltré d’une maison
 

 

Le président Faure Gnassingbé, en fin de son second mandat et qui ne cache pas sa volonté de se présenter à un troisième mandat est le soubassement de cette mobilisation. Le peuple togolais en quête de changement et d’alternance veut tourner la page d’un long règne familial.

 

«Il arrive un moment où le peuple a envie de changer. Le peuple veut qu’on le gouverne autrement. C’est ce que le peuple veut et cela va dans le sens de l’Histoire. L’alternance est inévitable», concèdera à juste titre Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson.

 

 Malgré la répression sanglante,  les responsables du CST ne s’avouent pas vaincu. « Le combat il faut le mener jusqu’au bout », déclarent-ils. Ils appellent de nouveau la population à reprendre les marches suivies de sit-in la semaine suivante. « Nous serons devant le peuple », disent-ils. Malheureusement, le peuple douché par la répression et les intimidations ne suivra pas cet appel, tout comme le mot d’ordre de « Togo mort ».

 

Le pouvoir, assure Pascal Bodjona, mettra tout en œuvre pour discuter avec le CST.

 

Les réformes réclamées par le peuple en sortant le 12 juin 2012 non opérées, le peuple trouvera l’occasion le 19 août 2017 pour l’exprimer de nouveau à travers des manifestations à l’appel du Parti nationaliste panafricain (PNP).

 

Le constat qui se dégage de ces deux manifestations est qu’au cours du règne de Faure Gnassingbé, à mi-mandat, le peuple togolais trouve l’occasion de se mobiliser massivement contre son pouvoir. L’histoire se reproduira-t-elle ? Rien n’est moins sûr. Puisque cette fois-ci l’opposition togolaise est plus que divisé et mène une guéguerre où il sera difficile de s’unir pour parler d’une même voix.

 

 

 

 

 

Albert AGBEKO

 

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